Le tractus gastro-intestinal est souvent la
cible dinfections opportunistes et de néoplasies chez les personnes infectées par
le VIH. Les symptômes gastro-intestinaux tels que la dysphagie, les douleurs abdominales,
la diarrhée et la perte de poids sont courants et touchent plus de 75 % des personnes
atteintes du VIH au cours de leur maladie. Il est important de noter que les personnes
infectées par le VIH peuvent également avoir des troubles
gastro-intestinaux courants qui ne sont pas liés au virus. Lapproche à adopter à
légard des patients infectés par le VIH qui présentent des symptômes
gastro-intestinaux doit être fonction du nombre de lymphocytes CD4. Ainsi, il est peu
probable quune personne ayant une numération supérieure à 300 x 106 /mL soit
atteinte dune infection opportuniste ou dune néoplasie. Lévaluation de
ces patients devrait donc être semblable à celle de personnes immunocompétentes.
Cependant, lorsque le nombre de lymphocytes CD4 est inférieur à 300 x 106 /mL, le
risque dinfections opportunistes augmente; il faut alors en tenir compte dans le
diagnostic différentiel.
Dautres aspects doivent être pris en considération dans
lévaluation des porteurs du VIH éprouvant des symptômes gastro-intestinaux, à
savoir les effets indésirables des médicaments et les problèmes propres aux groupes à
risque. De nombreux antirétroviraux et antimicrobiens employés dans le traitement de
linfection à VIH ont des effets indésirables majeurs au niveau du tractus
gastro-intestinal. On néglige souvent ces effets dans le diagnostic différentiel des
troubles gastro-intestinaux chez ces patients. Par ailleurs, les hommes homosexuels sont
sujets à une variété de problèmes gastro-intestinaux, en raison de leurs pratiques
sexuelles. Ils courent, entre autres, un plus grand risque de contracter une parasitose
intestinale et une rectite résultant dune gonorrhée, dune syphilis ou
dune infection à Chlamydia. Les personnes qui subissent la pénétration au
cours de rapports anaux risquent davoir un trauma rectal se manifestant par des
lacérations, des fissures, des infections périanales et, plus rarement, une perforation
de lintestin. Les utilisateurs de drogues injectables courent également un plus
grand risque de contracter les virus de lhépatite B et de lhépatite C.
Les agents pathogènes bactériens typiques
de lintestin, tels que les souches non typhoïdiques de Salmonella, les
diverses espèces de Shigella et Campylobacter jejuni sont à peine plus
fréquents chez les personnes infectées par le VIH. Lorsquils se manifestent chez
des personnes immunodéficientes, cest souvent sous une forme atypique; on note
également une fréquence élevée de bactériémie en plus des symptômes habituels
dentérite ou de colite. De plus, les porteurs du VIH qui sont immunodéficients
semblent être incapables déliminer efficacement ces organismes. Par conséquent,
les infections à répétition sont courantes et nécessitent souvent lutilisation
continue dantibiotiques. Le diagnostic est posé par coproculture. Étant donné la
fréquence élevée de bactériémie, on devrait également effectuer une hémoculture
chez les personnes souffrant dune diarrhée aiguë et de fièvre.
Les personnes
infectées par le VIH et atteintes dune entérite ou dune colite bactériennes
aiguës sont traitées selon les mêmes principes que les autres patients : un traitement
de soutien et des solutés administrés par voie intraveineuse, au besoin. Les patients
immunocompétents réussissent généralement à éliminer linfection, et les
indications de lantibiothérapie sont les mêmes que pour les autres patients. On
doit traiter les personnes immunodéficientes et celles qui ont une bactériémie au
moyen des antibiotiques appropriés (tableau
1). Le traitement suppressif continu est souvent indiqué en raison de la
fréquence importante des infections récidivantes.
Linfection à Mycobacterium avium
intracellulare, une mycobactérie atypique présente dans le milieu environnant, est
une infection opportuniste courante chez les porteurs du VIH immunodéficients (nombre de
lymphocytes CD4 inférieur à 100 x 10 6 /mL) et une atteinte révélatrice du sida. Elle
se présente habituellement sous forme dune maladie chronique affectant
lorganisme entier et comprenant de la fièvre, des sueurs nocturnes, une perte de
poids et une adénopathie, en plus dune diarrhée. Cette dernière peut être de
légère à modérée et présenter des signes indicatifs dune malabsorption.
Lhépato-splénomégalie est également une observation courante, car le foie et la
rate sont souvent atteints dans linfection à Mycobacterium avium intracellulare.
Lorganisme infecte généralement la muqueuse de lintestin grêle, et
laugmentation du nombre de macrophages dans le chorion entraîne un épaississement
et une atrophie des villosités. La coloration à lhématoxyline et à
léosine révèle un aspect étonnamment semblable à celui de la maladie de
Whipple. Les colorants destinés à mettre en évidence les mycobactéries permettent de
voir que les macrophages sont remplis dorganismes acido-résistants. En plus du
foie et de la rate, linfection par Mycobacterium avium intracellulare
atteint souvent les ganglions lymphatiques intra-abdominaux, et la moelle osseuse
également. On peut généralement établir un diagnostic par coproculture ou par
hémoculture. Lhémoculture est habituellement positive en trois ou quatre semaines,
car cette mycobactérie se multiplie rapidement. Les radiographies au baryum révèlent
souvent une dilatation de lintestin grêle et un épaississement irrégulier des
plis de ce dernier. Léchographie ou la scanographie de labdomen montrent une
hépato-splénomégalie, et les ganglions lymphatiques intra-abdominaux sont souvent
tuméfiés. On peut également établir le diagnostic au moyen dune biopsie de
lintestin grêle révélant des caractéristiques histologiques typiques.
Le traitement de linfection à Mycobacterium avium intracellulare est ardu : il
nécessite que lon associe de quatre à six antituberculeux et les résultats sont généralement insatisfaisants (tableau 1). Étant donné quil est
presque impossible déliminer cet organisme, lobjectif du traitement est une
suppression continue. Cependant, les médicaments employés ont souvent des effets
indésirables et de nombreux patients ne peuvent tolérer un traitement complet. Chez bon
nombre de patients, les symptômes saggravent et il y a amaigrissement malgré le
traitement. Comme il est difficile de traiter une infection établie, on recommande un
traitement prophylactique. Des études récentes ont montré à cet égard que la prise de
rifabutine par voie orale, à raison de 300 mg par jour, apportait un certain avantage
aux patients ayant un nombre de lymphocytes CD4 inférieur à 100 x 10 6 /mL. 3.3.2 MYCOBACTERIUM TUBERCULOSIS Les cas de Mycobacterium tuberculosis pulmonaire sont de plus en plus fréquents chez les personnes infectées par le VIH, et tout particulièrement répandus chez les utilisateurs de drogues injectables. La fréquence de la tuberculose résistante à laction de plusieurs médicaments augmente à un rythme alarmant. Lorsque la tuberculose extra-pulmonaire atteint le tractus gastro-intestinal dans les cas dinfection par le VIH, cela peut résulter directement de lésions pulmonaires, mettant habituellement loesophage en cause, ou encore dune propagation généralisée pouvant toucher nimporte quelle partie de lappareil digestif, y compris le foie et le pancréas. Il est rare que seul le tractus gastro-intestinal soit atteint. Le diagnostic devrait se fonder sur une biopsie et sur une culture des lésions les plus accessibles. Il est important de faire des cultures et des antibiogrammes à partir disolats de tuberculose, en raison de laugmentation de la multirésistance. Le traitement initial devrait comprendre trois ou quatre antituberculeux, et le choix des médicaments devrait être déterminé en fonction de la sensibilité locale.
3.4.1 CANDIDA ALBICANS Candida albicans est lune des
infections opportunistes les plus courantes chez les personnes infectées par le VIH. La
candidose oro-pharyngée est fréquente et constitue souvent lun des premiers signes
cliniques dune déficience immunitaire. Lorsquelle se limite à
loropharynx, la candidose est souvent asymptomatique ou associée avec une gêne
légère. Latteinte oesophagienne est souvent associée avec une dysphagie;
cependant, de nombreux patients peuvent ne ressentir quun léger malaise dans la
région épigastrique durant les repas. La candidose oesophagienne peut entraîner une
odynophagie, mais une douleur intense à la déglutition est inhabituelle et suggère la
présence dautres infections telles que le cytomégalovirus, le virus Herpes
simplex ou une ulcération oesophagienne non spécifique associée avec le VIH. Les
patients atteints à loesophage présentent généralement les signes dune
candidose oro-pharyngée se manifestant sous forme de plaques blanchâtres sur la muqueuse
buccale et loropharynx postérieur. Loesophage peut parfois être atteint
même en labsence dune infection buccale par Candida, mais cela est
plutôt rare.
Loesophagite à Candida peut être décelée au moyen
dune déglutition barytée qui révèle des anomalies allant de légers défauts de
remplissage sur la surface muqueuse, lesquels représentent des plaques muqueuses,
jusquà un épaississement des replis muqueux et un aspect chevelu de la paroi.
Rarement, il peut également y avoir des ulcérations graves ou profondes.
Lendoscopie, la méthode de prédilection pour établir le diagnostic, révélera
des plaques pseudomembraneuses adhérentes blanches typiques. Dans les cas graves, toute
la muqueuse oesophagienne peut être recouverte dune membrane blanche confluente. Le
diagnostic est confirmé au moyen dune cytologie par brossage ou dune biopsie
de la muqueuse montrant une invasion des filaments pseudo-mycéliens de Candida dans
lépithélium pavimenteux. On ne fait pas systématiquement des cultures, car on
trouve couramment ces organismes chez les personnes en bonne santé, et également parce
quil faut démontrer linvasion tissulaire pour confirmer le diagnostic.
La
candidose oro-pharyngée peut être traitée par une thérapie locale à laide de
pastilles de clotrimazole prises par voie orale, à raison de 100 mg de 1 à 3 f.p.j., ou
au moyen dantifongiques à action générale administrés par voie orale, tels que
le kétoconazole, à raison de 200 mg par jour, le fluconazole, à raison de 100 mg par
jour, ou litraconazole, à raison de 200 mg par jour. Si loesophage est
atteint, il faut le traiter avec lun des antifongiques oraux, les produits topiques
étant généralement inefficaces. Il faudra peut-être prescrire des doses élevées pour
le traitement initial des patients qui présentent des symptômes (tableau 1). Le
traitement initial devrait durer environ 14 jours. Les récidives étant fréquentes, de
nombreux patients doivent suivre un traitement continu par un antifongique oral.
Cependant, la résistance aux antifongiques oraux est de plus en plus courante. Si le
traitement par ce type de médicaments échoue, on peut recourir à de faibles doses
damphotéricine B par voie intraveineuse. La candidose oro-pharyngée est
tellement fréquente chez les personnes infectées par le VIH que de nombreux
spécialistes recommandent un traitement empirique en présence de symptômes
oesophagiens, et plus particulièrement dune candidose buccale. On peut approfondir
lexamen au moyen dune endoscopie lorsque le traitement antifongique empirique
nentraîne aucune réponse ou chez les personnes ayant des symptômes atypiques.
Linfection à Candida peut devenir généralisée chez les personnes
infectées par le VIH, mais cest plutôt rare, car elle se limite généralement à
la région cutanéo-muqueuse. Le pronostic de linfection généralisée est mauvais
et cette dernière est souvent mortelle. 3.4.2 AUTRES MYCOSES Dautres mycoses sont associées avec linfection par le VIH, entre autres la cryptococcose, lhistoplasmose et la coccidiose. On peut établir un diagnostic de sida lorsquune de ces mycoses est généralisée, et que lépreuve de dépistage des anticorps anti-VIH se révèle positive. La fréquence de ces infections est variable et celles-ci frappent souvent les personnes qui ont visité des régions où le virus est endémique, ou qui y ont vécu. Sur le plan clinique, ces infections se caractérisent habituellement par des symptômes généraux importants tels quune fièvre, des sueurs nocturnes et une perte de poids. La cryptococcose est souvent associée avec une atteinte du système nerveux. Pour ce qui est de lhistoplasmose, le foie est souvent atteint dans le cadre dune infection généralisée et on note des anomalies des paramètres chimiques hépatiques. Le diagnostic de ces infections dépend généralement de la capacité à déceler les champignons au cours de lexamen ou de la culture de spécimens cliniques. Les épreuves sérologiques ne sont pas fiables chez les personnes immunodéficientes. Le traitement habituel comporte des doses importantes damphotéricine B par voie intraveineuse. La réaction au traitement est généralement faible, le taux de récidives est élevé et le pronostic général est mauvais.
3.5.1 GIARDIASE Giardia lamblia cause une parasitose intestinale courante chez les hommes homosexuels ou bisexuels. Sa fréquence accrue chez les personnes infectées par le VIH nest probablement pas liée au VIH lui-même, mais plutôt au fait que linfection soit répandue chez les hommes homosexuels, car elle ne semble pas être beaucoup plus fréquente chez les autres groupes à risque. Linfection est transmise par la voie fécale-orale et atteint généralement la muqueuse de lintestin grêle. Elle peut être asymptomatique, mais elle entraîne habituellement une diarrhée, des crampes abdominales, un ballonnement et des nausées. Dans les cas graves, linfection provoque une malabsorption et une stéatorrhée. La dissémination est rare et ne semble pas présenter un problème important chez les personnes infectées par le VIH. Le diagnostic repose sur la présence doeufs et de parasites de Giardia dans les selles. On peut également diagnostiquer linfection sur un échantillon de muqueuse duodénale prélevé par aspiration ou sur un prélèvement duodénal effectué au cours de lendoscopie. Généralement, un traitement par 250 mg de métronidazole administré par voie orale, à raison de 3 f.p.j., pendant cinq jours, réussit à éliminer lorganisme, même chez les personnes infectées par le VIH. On peut également prescrire 100 mg de quinacrine par voie orale, à raison de 3 f.p.j., pendant cinq jours. 3.5.2 ENTAMOEBA HISTOLYTICA Entamoeba histolytica est une amibe
causant une amibiase intestinale qui est également de plus en plus courante chez les
personnes infectées par le VIH, en raison de sa fréquence accrue chez les hommes
homosexuels ou bisexuels. Elle entraîne généralement une colite accompagnée dune
diarrhée sanglante et de crampes abdominales. Labsence de symptômes est courante
chez les personnes infectées par le VIH. La dissémination est rare et nest pas
plus fréquente chez les personnes infectées par le VIH que chez les autres personnes
ayant une infection à Entamoeba histolytica. Le diagnostic repose sur la présence
damibes sous forme doeufs et de parasites dans les selles. Une sigmoïdoscopie
peut révéler une colite. De plus, linfection à Entamoeba histolytica
entraîne des ulcères à lemporte-pièce en forme de flasques. On peut confirmer le
diagnostic en mettant en évidence des organismes dans un prélèvement ou un échantillon
de selles fraîches prélevé par aspiration.
On traite linfection à Entamoeba
histolytica symptomatique par le métronidazole administré par voie orale, à raison
de 750 mg 3 f.p.j., pendant dix jours, suivi diodoquinol par voie orale, à raison
de 650 mg 3 f.p.j., pendant vingt jours. On peut utiliser uniquement liodoquinol
chez les porteurs asymptomatiques. Il faut effectuer un suivi du patient en examinant de
nouveau ses selles afin de sassurer que lorganisme est bien éliminé. 3.5.3 CRYPTOSPORIDIUM Cryptosporidium est un parasite
protozoaire qui est maintenant reconnu comme une cause de diarrhée spontanément
résolutive chez les personnes immunocompétentes. Plusieurs flambées épidémiques ont
été recensées. Chez les patients immunodéficients, cet organisme cause une diarrhée
aqueuse non sanglante chronique pouvant être grave et mener à une importante
déshydratation ainsi quà des perturbations électrolytiques et à la mort. Les
patients peuvent présenter également des crampes abdominales et un ballonnement, mais
ces derniers ne sont généralement pas graves. La cryptosporidiose est une atteinte
révélatrice du sida chez les patients infectés par le VIH.
Le diagnostic de
linfection à Cryptosporidium sappuie sur la mise en évidence
doocystes de Cryptosporidium dans les selles, ou des biopsies
dintestin grêle ou de côlon. Toutefois, lexamen déchantillons
obtenus par biopsie du duodénum ou de la partie distale du côlon nest pas
entièrement sûr, étant donné que les lésions intestinales peuvent être dispersées.
Lexamen des selles constitue donc la meilleure méthode diagnostique. Des
colorations spéciales mises au point récemment ont augmenté le rendement du diagnostic
fait à partir de lexamen des selles. Les patients immunodéficients reçoivent
habituellement un traitement de soutien consistant dans ladministration de solutés
intraveineux lorsque cela est nécessaire pour corriger une déplétion volumique, et des
agents antidiarrhéiques tels que le lopéramide, à raison de 2 à 24 mg par jour, pour
maîtriser la diarrhée. Dans les cas graves où la diarrhée ne peut être maîtrisée
par un agent antidiarrhéique, loctréotide, un analogue de la somatostatine,
sest révélé efficace à des doses de 50 à 500 µg s.c., 3 f.p.j. Pour
linstant, il nexiste pas de thérapie spécifique éprouvée pour traiter
linfection à Cryptosporidium et éradiquer lorganisme. Des essais
cliniques ont été effectués avec la spiramycine et la paromomycine, mais les
résultats ont été décevants. 3.5.4 MICROSPORIDIES Les microsporidies, groupe de protozoaires
intracellulaires mesurant de 1 à 2 µm, ont été décelés chez des patients infectés
par le VIH. Les organismes de ce groupe les plus souvent observés sont Enterocytozoon
bieneusi et Septata intestinalis. On pense quils sont pathogènes chez la
plupart des patients, mais on a fait état de porteurs asymptomatiques parmi les personnes
infectées par le VIH. Lorsquelle est symptomatique, linfection à
microsporidies ressemble à une infection à Cryptosporidium. Elle est
habituellement accompagnée dune diarrhée liquide non sanglante de gravité
variable, de crampes abdominales légères et dun ballonnement.
Lorsque ces petits
parasites intracellulaires ont été décrits les premières fois, il fallait, pour poser
le diagnostic, visualiser les organismes par microscopie électronique dans une biopsie
dintestin grêle. Plus récemment, on a mis au point des colorations spéciales pour
déceler les microsporidies dans les selles. Les pathologistes expérimentés peuvent
habituellement voir les organismes par microscopie à fort grossissement de coupes fines
de plastique de biopsies de la muqueuse. Le traitement dune microsporidiose
symptomatique est semblable à celui dune infection à Cryptosporidium :
traitement de soutien et antidiarrhéiques. Loctréotide sest également
révélé efficace contre les diarrhées aqueuses graves. On a tenté déliminer les
microsporidies à laide du métronidazole et de lalbendazole, mais ni
lun ni lautre ne se sont avérés systématiquement efficaces. 3.5.5 ISOSPORA BELLI Isospora belli est un autre parasite protozoaire intestinal qui a été reconnu comme un agent infectieux en présence dune infection à VIH. Linfection par Isospora belli est également une atteinte révélatrice du sida. Rare en Amérique du Nord, ce protozoaire a été décelé chez 15 % des patients haïtiens atteints du sida. Sur le plan clinique, il cause une diarrhée aqueuse non sanglante et non spécifique qui ressemble à celle que cause Cryptosporidium. En général, le diagnostic est facilement posé par examen des selles pour déceler des oeufs et des parasites. Contrairement aux infections à Cryptosporidium et à microsporidies, lisoporose peut habituellement être traitée de manière efficace par le triméthoprime-sulfaméthoxazole, à raison de 160 mg (TMP)-800 mg (SMX) par voie orale, 4 f.p.j., pendant dix jours, puis 2 f.p.j., pendant trois semaines. Les récidives sont fréquentes (environ 50 %) et certains patients peuvent avoir besoin dun traitement de longue durée. 3.5.6 STRONGYLOIDES STERCORALIS Strongyloides stercoralis est un nématode qui est endémique dans les régions tropicales. Il infecte habituellement son hôte en pénétrant par la peau sous forme de larves filariformes. Les larves migrent ensuite par la circulation jusquaux poumons où elles quittent les capillaires alvéolaires pour être expectorées et avalées. Lorsquelles atteignent lintestin grêle, elles libèrent des oeufs se développant en larves filariformes infectieuses qui creusent un sillon dans la muqueuse de lintestin grêle. Un prurit, un rash papillaire et un oedème se manifestent parfois au siège de la pénétration cutanée. Latteinte intestinale peut se traduire par de la fièvre, des nausées, des vomissements, de la diarrhée, des douleurs abdominales et une perte de poids. Le meilleur moyen de poser un diagnostic est dexaminer un prélèvement de liquide duodénal, mais on peut aussi recourir à lexamen déchantillons de selles concentrées. Le thiabendazole administré pendant deux jours, à raison de 50 mg/kg/jour en deux doses, est habituellement efficace. Une strongyloïdiose disséminée peut survenir chez des personnes immunodéficientes et est reconnue comme lune des atteintes révélatrices du sida. Ches les patients immunodéficients, le traitement peut devoir être poursuivi pendant au moins sept jours, et certains devront recevoir un traitement continu. 3.5.7PNEUMOCYSTIS CARINII Pneumocystis carinii est reconnu comme une cause fréquente dinfections pulmonaires. Les infections extrapulmonaires à Pneumocystis ont été observées particulièrement chez des patients ayant reçu de la pentamidine en aérosol plutôt quun traitement général à titre prophylaxie pour une pneumonie à Pneumocystis carinii. Des infections ont été rapportées dans le foie, la rate, lintestin, la moelle osseuse et la cavité péritonéale (avec production dascite). Le diagnostic est posé en démontrant par coloration à la méthénamine argent la présence dorganismes typiques dans des échantillons cliniques. Le traitement est semblable à celui de la pneumonie à Pneumocystis.
3.6.1 CYTOMÉGALOVIRUS Linfection à cytomégalovirus (CMV)
est fréquente, et plus de 50 % des adultes canadiens sont séropositifs pour le CMV, ce
qui signifie quils y ont été exposés. Les hommes homosexuels et les utilisateurs
de drogues intraveineuses sont séropositifs pour le CMV à plus de 90 %. Chez les
patients immunocompétents, linfection est latente et ne cause que rarement une
maladie clinique. La réactivation dune infection latente survient lorsque des
patients infectés par le VIH deviennent immunodéficients et est habituellement
observée lorsque la numération des lymphocytes CD4 est inférieure à 50 x 106 /mL.
Linfection à CMV devient un problème clinique de plus en plus important chez les
patients infectés par le VIH.
Les deux sièges dinfection à CMV les plus
fréquents chez les patients infectés par le VIH sont la rétine et le tractus
gastro-intestinal. Linfection peut toucher toutes les parties du tube digestif où
elle produit des lésions ulcérées, loesophage et le côlon étant les plus
fréquemment touchés. Latteinte oesophagienne se manifeste habituellement par une
odynophagie et par une dysphagie. Lendoscopie révèle une ulcération étendue peu
profonde qui peut être circonférentielle. Latteinte du côlon se traduit par une
colite aiguë accompagnée dune diarrhée qui peut être sanglante et, souvent, de
douleurs abdominales intenses. La sigmoïdoscopie ou la colonoscopie révèlent une
colite caractérisée par une muqueuse oedémateuse friable et par des ulcérations
dispersées, un tableau qui ressemble à la maladie de Crohn. Les atteintes de
lintestin grêle, de lestomac et du foie sont moins fréquentes. Comme le CMV
est observé fréquemment chez les patients infectés par le VIH, une culture du virus à
partir de fragments de muqueuse obtenus par biopsie nest pas suffisant pour établir
un diagnostic dinfection à CMV. Le diagnostic sappuie sur la mise en
évidence de corps dinclusion intracellulaires dans les prélèvements obtenus par
biopsie. La présence dune vasculite accompagnée dinclusions virales dans
les cellules endothéliales est une preuve supplémentaire que le CMV est responsable de
la lésion. Une infection générale peut être confirmée par culture du virus à partir
des globules blancs de la couche leucocytaire dun échantillon de sang centrifugé.
Une infection symptomatique à CMV est traitée au départ par du ganciclovir à raison
de 5 mg/kg i.v. aux 12 heures, pendant une période de 14 à 21 jours. Le foscarnet
administré à raison de 60 mg/kg i.v. aux 8 heures, pendant 14 à 21 jours constitue une
autre possibilité. Ces traitements ont habituellement pour résultat une amélioration
clinique et la guérison des lésions muqueuses. Toutefois, le taux de récidives est
élevé et de nombreux spécialistes recommandent dadministrer après le traitement
de courte durée un traitement suppressif continu par le ganciclovir, à raison de 6 mg/kg
i.v. cinq fois par semaine, ou le foscarnet, à raison de 90 à 120 mg i.v. par jour. Une
thérapie semble être nécessaire la vie durant. Récemment, une préparation de
ganciclovir pour la voie orale a été mise au point et sest révélée efficace
pour la suppression continue de la rétinite à CMV. Son efficacité pour la suppression
des infections gastro-intestinales à CMV na pas encore été démontrée. 3.6.2 VIRUS HERPES SIMPLEX Le virus Herpes simplex (HSV)
infecte le plus souvent loesophage où il produit de multiples ulcérations
oesophagiennes. Sur le plan clinique, loesophagite herpétique est associée avec
des symptômes dodynophagie et de dysphagie identiques à ceux de
loesophagite à CMV. Chez ces patients, il faut recourir à lendoscopie pour
différencier cette cause des autres causes possibles doesophagite. Les ulcères
causés par le virus Herpes simplex sont habituellement petits et nombreux. Les
prélèvements révèlent des cellules géantes multinucléées et des corps
dinclusion intranucléaires de type A de Cowdry. La culture virale faite à partir
de prélèvements devrait donner des résultats positifs pour HSV.
Loesophagite à
HSV peut en général être traitée efficacement par lacyclovir, à raison de 200
mg par voie orale, 5 f.p.j. Chez les patients incapables de prendre des médicaments par
voie orale à cause dune odynophagie, lacyclovir peut être administré par
voie intraveineuse, à raison de 5 mg/kg aux huit heures. Le traitement initial devrait se
poursuivre pendant une période de 10 à 14 jours. Les récidives sont fréquentes et de
nombreux patients requièrent un traitement continu à lacyclovir par voie orale. Le
foscarnet a été utilisé comme solution de rechange chez les patients qui ne peuvent
prendre dacyclovir ou qui ny répondent pas. 3.6.3 VIRUS DIMMUNODÉFICIENCE HUMAINE (VIH) Il nest pas certain que le VIH
lui-même soit la cause daffections gastro-intestinales. Les ulcérations
oesophagiennes non spécifiques et lentéropathie à VIH représentent deux
situations où lon soupçonne un effet pathologique direct du VIH sur le tractus
gastro-intestinal. Les ulcérations oesophagiennes sont le plus souvent dues au CMV et au
HSV, tel quil est décrit dans les sections précédentes. Les ulcérations que
lon croit dues à laction directe du VIH se présentent en association avec un
syndrome de séroconversion et sous la forme dulcères oesophagiens idiopathiques
non spécifiques qui apparaissent au cours des stades plus avancés de linfection
à VIH. Linfection à VIH aiguë est habituellement associée avec une maladie
virale non spécifique. Certains patients souffrant de ce syndrome de séroconversion en
viennent à présenter une odynophagie grave et lendoscopie met en évidence
plusieurs ulcères oesophagiens superficiels. Lexamen de ces ulcères en microscopie
électronique révèle des particules virales compatibles avec des rétrovirus.
Généralement, les ulcérations et lodynophagie disparaissent spontanément.
Plus
tard au cours de linfection à VIH, les ulcérations oesophagiennes qui surviennent
peuvent être négatives pour les agents pathogènes habituels. Ces ulcères sont
habituellement profonds, présentent des rebords minés et sont parfois nombreux. Bien
quon les observe généralement dans loesophage, on en trouve aussi dans la
partie postérieure du pharynx. Les symptômes comprennent une odynophagie grave qui,
souvent, limite lingestion. Fait intéressant, ces ulcères répondent
habituellement de façon spectaculaire à un traitement par des corticostéroïdes
administrés par voie orale ou par injection dans les lésions. La cause de ces lésions
est incertaine; toutefois, la réponse frappante aux stéroïdes et à dautres
modulateurs de la réponse immunitaire, tels que la thalidomide, laissent entrevoir une
origine immunitaire.
Le terme entéropathie à VIH désigne une diarrhée
chronique, souvent accompagnée dune perte de poids, où lon ne peut mettre en
évidence aucun agent pathogène identifiable. On ne sait pas si lentéropathie est
due à un agent pathogène non identifié ou si elle résulte dun effet direct du
VIH sur lintestin. Le VIH pourrait agir directement sur lintestin, en
infectant les entérocytes, ou indirectement, en provoquant la libération locale de
cytokines et dautres médiateurs de la réaction inflammatoire qui agiraient ensuite
sur la fonction entérocytaire. Chez certains patients, on observe une amélioration
après un traitement antirétroviral. Autrement, le traitement est uniquement
symptomatique.
3.7.1 SARCOME DE KAPOSI Le sarcome de Kaposi (SK) est la néoplasie
la plus répandue chez les patients infectés par le VIH. Il sest révélé plus
fréquent chez les hommes homosexuels et bisexuels que dans les autres groupes à risque
dinfection par le VIH, mais son incidence semble avoir diminué dans ce groupe à
risque au cours des dix dernières années. On a postulé lexistence dun
cofacteur infectieux pour expliquer lépidémiologie du SK lié au VIH, mais un tel
facteur na pas été identifié avec certitude. Le SK touche surtout la peau et
loropharynx; jusquà 40 % des patients ayant une atteinte cutanée ont aussi
des manifestations gastro-intestinales. On a rapporté des cas rares de SK viscéral en
labsence de lésions cutanées.
Dans la plupart des cas, latteinte
gastro-intestinale du SK est asymptomatique. Les lésions de la muqueuse peuvent survenir
dans tout le tractus gastro-intestinal et sont en général découvertes fortuitement à
lendoscopie où elles se présentent comme des macules surélevées, rouges à
violacées. Les grandes lésions peuvent être nodulaires et ulcérées. Les symptômes
résultent habituellement dune hémorragie, à partir de lulcération ou
dune occlusion causée par une lésion volumineuse. On a également signalé une
diarrhée et une entéropathie exsudative. Les manifestations exactes dépendront du
siège des lésions dans le tractus gastro-intestinal. Un SK viscéral devrait être
soupçonné chez tous les patients infectés par le VIH qui ont des lésions cutanées et
des symptômes gastro-intestinaux.
Le diagnostic est posé par lexamen histologique
de biopsies de la muqueuse. Une infection récemment décrite, langiomatose
bacillaire, présente des caractéristiques histologiques identiques à celles du SK; on
les distingue en démontrant la présence dorganismes par une coloration à
largent. Une angiomatose bacillaire gastro-intestinale a également été décrite
récemment. Le SK lié au VIH peut faire lobjet dun traitement localisé ou
général. Les traitements de prédilection pour les lésions orales sont la
radiothérapie locale ou lexcision par laser. Les atteintes viscérales
symptomatiques requièrent un traitement général, habituellement une chimiothérapie
dassociation. On a aussi rapporté récemment de bonnes réponses à un traitement
sous-cutané ou intralésionnel à linterféron. 3.7.2 LYMPHOMES Les lymphomes malins à cellules B
représentent la deuxième néoplasie en importance chez les patients infectés par le
VIH. Ces lymphomes sont habituellement des lymphomes à grandes cellules de grade élevé
de malignité; toutefois, on rencontre aussi des patients atteints dun lymphome de
Burkitt ou de la maladie de Hodgkin. Après le système nerveux central, cest le
tractus gastro-intestinal qui est le plus fréquemment atteint. Les lymphomes qui
surviennent au cours dune infection à VIH sont fréquemment extraganglionnaires.
Toutes les parties de lappareil digestif peuvent être touchées, les
manifestations et les symptômes variant selon le siège de latteinte. Les
symptômes généraux tels que la fièvre, des sueurs nocturnes et une perte de poids sont
souvent présents. Le diagnostic est posé par lexamen histologique dun
prélèvement obtenu par endoscopie, ou encore par biopsie échoguidée ou scanoguidée.
Le traitement requiert une chimiothérapie dassociation semblable à celle qui est
utilisée pour dautres lymphomes de grade élevé de malignité. La tolérance au
traitement est généralement peu élevée, souvent en raison du faible indice fonctionnel
de ces patients à lapparition dun lymphome et de la présence dautres
infections opportunistes. Une rémission complète est parfois obtenue chez les patients
qui peuvent tolérer la chimiothérapie dassociation, mais le pronostic est
habituellement mauvais. 3.7.3 CANCER ANAL On observe une plus grande fréquence dépithélioma du canal anal chez les hommes homosexuels ou bisexuels qui subissent une pénétration anale au moment des rapports sexuels. Laugmentation du risque est indépendante de linfection par le VIH et, comme pour le cancer du col de lutérus chez la femme, elle semble liée à des infections antérieures par le virus du papillome humain. Le cancer colorectal nest pas plus fréquent dans ce groupe à risque. Le cancer anal peut se présenter sous la forme dune masse avec une fissure ou une fistule. Une douleur locale y est habituellement associée et il peut y avoir des saignements. Le diagnostic différentiel comprend des infections comme la syphilis, le lymphogranulome vénérien et les condylomes acuminés, et des affections périanales bénignes telles que des fissures de lanus et des traumatismes anaux causés par les rapports sexuels ou par des instruments. Le diagnostic est confirmé au moyen dune biopsie de lésions considérées comme très suspectes, particulièrement une lésion qui ne guérit pas malgré le traitement efficace dune infection secondaire. Les modalités thérapeutiques comprennent lexcision, mais dans de nombreux cas, la radiothérapie associée avec une chimiothérapie ont procuré la guérison tout en préservant la fonction ano-rectale. | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||