Par opposition à lischémie mésentérique gangréneuse, où la cause de la maladie est locclusion de gros vaisseaux, dans lischémie intestinale non gangréneuse, lhypo-oxygénation est causée par une hypoperfusion de la micro-circulation dans les parois de lintestin. Locclusion secondaire des vaisseaux intramuraux est plutôt rare. De nombreuses causes peuvent déclencher cette maladie. Lhypoperfusion est le plus souvent causée par des maladies vasculaires, par exemple les collagénoses, la vascularite, le diabète, lathérosclérose, ou par une augmentation de la viscosité du sang dans lanémie à hématies falciformes ou une polyglobulie. Lhypotension aiguë, due à une hémorragie, à un infarctus du myocarde, à une insuffisance cardiaque congestive, à une septicémie ou à des vasoconstricteurs peut déclencher une ischémie locale chez des patients où la circulation locale est déjà insuffisante. En raison dune circulation collatérale adéquate, la maladie est généralement limitée à un segment de lintestin. La nécrose des parois de lintestin est rarement transmurale et la péritonite est par conséquent une complication rare. Lischémie intestinale non gangréneuse se manifeste dans lintestin grêle sous la forme dune « ischémie segmentaire focale », et dans le côlon, sous la forme dune « colite ischémique non gangréneuse ». Une liste des causes les plus fréquentes dischémie intestinale non occlusive est présentée dans le tableau 1. TABLEAU 1. Causes de lischémie intestinale non occlusive A. Diminution aiguë de la circulation intramurale 1. Maladie des petits vaisseaux 2. Hypoperfusion non occlusive État de choc Insuffisance cardiaque congestive
1. Motilité accrue 2. Pression intraluminale accrue C. Manifestation idiopathique (spontanée)
Lischémie touchant de courts segments de lintestin grêle suit une évolution clinique qui varie selon la gravité de linfarctus. Lorsquil sagit de courts segments, il y a généralement une circulation collatérale adéquate et, par conséquent, la maladie ne sétend quà la muqueuse et à la sous-muqueuse. Une nécrose limitée peut guérir complètement. Des lésions répétées peuvent causer une entérite chronique quil est presque impossible de distinguer de la maladie de Crohn. Chez certains patients, lulcère nécrotique peut aboutir à une sténose. Parfois, la lésion peut devenir transmurale et mener à une péritonite. Le diagnostic est difficile parce que les symptômes peuvent être ceux dune douleur chronique récurrente, dune obstruction intestinale ou dune péritonite évidente. À moins quil ny ait résolution spontanée, le traitement des sténoses et des ulcères persistants est généralement chirurgical et le diagnostic nest souvent posé quà lexamen histologique des segments réséqués.
7.3.1 PATHOGENÈSE Il y a deux formes principales
dischémie du côlon : gangréneuse (transmurale) et non gangréneuse (contenue à
lintérieur des parois intestinales). Il sagit en fait de deux maladies
distinctes ayant chacune une étiologie et une évolution clinique différentes et qui
requièrent des démarches thérapeutiques différentes. La colite ischémique
gangréneuse est causée par lobstruction des gros vaisseaux mésentériques et il
en est question dans la section 4 (voir la figure 1). Parfois, une gangrène transmurale
peut apparaître lorsque la colite ischémique non gangréneuse évolue petit à petit
vers une nécrose transmurale. La reconnaissance et le traitement de cette complication de
la maladie à lorigine non gangréneuse sont cruciaux et, comme il est dit plus
loin, dépendent dune observation constante et attentive du patient souffrant de
colite ischémique non gangréneuse.
Par opposition à lischémie non occlusive de
lintestin grêle, qui est rare, lhypoperfusion vasculaire locale du côlon est
relativement fréquente. La cause de cette fréquence relativement plus élevée pourrait
être liée aux facteurs suivants : par rapport à lintestin grêle, le côlon
reçoit moins de sang, a moins de vaisseaux collatéraux, a des régions vulnérables
faiblement vascularisées et a une activité motrice forte et constante. Une élévation
de la pression intramurale lorsque la motilité est augmentée chez les patients
souffrant de constipation, une diverticulite ou le cancer du côlon peuvent mener à une
baisse du débit sanguin dans les parois de lintestin. De même, une distension
causée par lintroduction dair au cours dune colonoscopie ou dun
lavement baryté peuvent diminuer temporairement lapport sanguin au côlon. Le gros
intestin est également soumis à une régulation neuroendocrinienne différente. Dans
notre laboratoire, nous avons pu observer que, chez le chien, les vaisseaux du côlon
réagissent à lhypotension plus vigoureusement que ceux de lintestin grêle
et, par ailleurs, que la principale substance vasoconstrictrice du côlon est
langiotensine, ce qui nest pas le cas pour lintestin grêle. 7.3.2 TABLEAU CLINIQUE Le tableau clinique classique est caractérisé par un accès soudain de fortes crampes abdominales, de diarrhée mélangée à du sang rouge et, parfois, de méléna. Lexamen physique peut révéler un abdomen distendu. Des bruits intestinaux sont présents et il ny a aucun signe datteinte péritonéale. Le patient est généralement âgé et peut montrer des signes de lune des maladies associées telles quhypotension, insuffisance cardiaque congestive ou athérosclérose. Dans des conditions bien déterminées, la colite ischémique non gangréneuse peut aussi survenir chez des sujets plus jeunes. Cela résulte souvent de causes iatrogènes ou du patient lui même comme dans les cas dutilisation de contraceptifs, danti-inflammatoires non stéroïdiens ou de cocaïne, de surdose de vérapamil, etc. (pour plus de détails, voir le tableau 1). Chez les patients plus âgés, il arrive parfois quon ne puisse déterminer lévénement précis qui a déclenché la crise. Le tableau clinique initial peut tellement ressembler à celui dune colite infectieuse, dune colite ulcéreuse, dune colite de Crohn et dune colite pseudomembraneuse que le diagnostic ne peut être porté que par exclusion dune infection, y compris par Clostridium difficile, et par la mise en évidence des signes radiologiques (figure 5 et figure 6) ou colonoscopiques (figure 7) classiques de la colite ischémique. Parce que les gros vaisseaux ne sont jamais en cause, langiographie na pas sa place dans le diagnostic de la colite ischémique non gangréneuse. Les examens radiologiques et colonoscopiques doivent être effectués dans la période de 24 à 48 heures qui suit le début de la maladie, parce que les signes typiques tendent à sestomper et sont rapidement remplacés par des signes non spécifiques. Le premier examen radiologique devrait être un cliché de labdomen sans préparation (figure 5) qui peut révéler limage classique en « empreintes de pouce » provoquée par une hémorragie intramurale dans un segment du côlon empli dair. Toutefois, cette observation nest pas toujours diagnostique parce quelle peut parfois être produite par un oedème muqueux ou sous-muqueux causé par une inflammation grave. Latteinte du côlon est généralement segmentaire dans la colite ischémique. Quoique nimporte quelle partie du côlon puisse être touchée, les régions critiques de langle colique gauche et de la jonction rectosigmoïdienne sont le plus souvent atteintes. Limage en empreintes de pouce peut être démontrée par lavement baryté (figure 6), mais seule la colonoscopie permet de différencier loedème de lhémorragie sous-muqueuse, cette dernière étant reconnue par la présence de larges bulles rouge foncé (figure 7). Parce que la distension du côlon par de lair peut comprimer les vaisseaux sanguins intramuraux et ainsi diminuer encore plus le débit sanguin, le lavement baryté et la colonoscopie doivent être effectués avec une insufflation dair minimale. Après 24 à 48 heures, lhémorragie se résorbe et la muqueuse devient nécrotique. Si la colonoscopie est faite à ce stade, lendoscopiste peut ne pas être en mesure de distinguer la nécrose et les ulcérations résultant de la colite ischémique de celles causées par la maladie de Crohn ou lentérocolite pseudomembraneuse. Le pathologiste qui examine le tissu prélevé par biopsie quelques jours après le début de la maladie peut se heurter aux mêmes difficultés. Assez souvent, il faudra attendre pour savoir si le patient a une maladie inflammatoire de lintestin ou une ischémie. Certains patients âgés souffrant de ce quon croit être une maladie inflammatoire de lintestin à survenue tardive ou encore certaines jeunes femmes prenant des contraceptifs et que lon pense atteintes de la maladie de Crohn pourraient bien, en fait, souffrir dune colite ischémique. La maladie peut évoluer de quatre façons différentes (figure 1). Une maladie bénigne peut disparaître spontanément. Chez les patients où seuls de courts segments sont atteints, les symptômes et les signes physiques disparaissent dans une période de 24 à 48 heures et la guérison complète peut se produire en deux à trois semaines. Chez certains, la maladie ne se résout pas et peut évoluer vers une colite permanente ou récurrente. Comme la réaction pathologique du côlon à une lésion chronique se limite à très peu de manifestations particulières, par exemple infiltration de leucocytes, abcès des cryptes, hémorragie, nécrose, ulcération et régénération des cryptes, le pathologiste peut aussi avoir de la difficulté à différencier une colite ischémique permanente de la maladie de Crohn. Lhémosidérine, indication dhémorragies antérieures, est souvent considérée comme une manifestation typique de la colite ischémique (figure 8). Malheureusement, elle nest pas restreinte à latteinte ischémique du côlon et peut être observée dans tous les types de colites, y compris les maladies inflammatoires de lintestin, si lhémorragie sest produite dans le passé. Une fois devenue chronique, la colite ischémique peut régresser, récidiver ou évoluer vers une inflammation intramurale plus profonde et une nécrose. Dans les cas graves, le patient peut présenter des symptômes de toxicité avec des frissons, de la fièvre, une diarrhée sanglante grave et une distension abdominale associée avec une diminution des bruits intestinaux. Il peut apparaître une leucocytose, de lanémie, une numération plaquettaire élevée et des perturbations électrolytiques. Si la nécrose névolue pas, il y aura guérison, dabord avec apparition de tissu de granulation qui sera remplacé par du tissu fibreux, puis cicatrisation et enfin sténose. Dans certains cas, la maladie évolue vers un mégacôlon toxique et, si la nécrose intramurale devient transmurale, il sensuivra une péritonite aiguë. Cette évolution peut se faire en quelques heures ou en plusieurs jours et, parce que le patient doit être opéré bien avant lapparition dune péritonite, elle doit être décelée rapidement par une surveillance attentive du patient, parfois dheure en heure. 7.3.3 TRAITEMENT Les entéropathies infectieuses, les maladies inflammatoires de lintestin et les autres facteurs déclenchants tels que la diverticulite et le cancer, par exemple, doivent être dépistés et traités adéquatement. Le traitement de la colite ischémique peut être envisagé sous les trois catégories suivantes : 1) traitement de soutien non spécifique, 2) traitement médical spécifique et 3) traitement chirurgical. Traitement de soutien non spécifique Léquilibre
hydro-électrolytique doit être maintenu soigneusement. Lapport oral doit être
restreint, selon la gravité de la maladie. Les patients bien nourris peuvent être
gardés pendant quelques jours sans soutien nutritionnel spécifique, sauf pour ce
quils reçoivent sous forme de solutions intraveineuses. Les patients gravement
sous-alimentés peuvent avoir besoin de nutrition entérale ou, si celle-ci est mal
tolérée, de nutrition parentérale totale. Les pertes sanguines sont rarement
suffisamment graves pour que des transfusions soient nécessaires, mais si une anémie se
manifeste, elle peut devoir être corrigée, même chez des patients âgés qui ont une
faible réserve cardiovasculaire. Cette mesure doit être ajustée avec soin pour ne pas
surcharger une circulation déjà en situation précaire. Généralement, le patient
demandera un médicament pour soulager la diarrhée et la douleur abdominale. Toutefois,
les analgésiques, les antispasmodiques et les antidiarrhéiques sont contre-indiqués,
parce quils peuvent conduire à linertie intestinale, laquelle peut entraîner
un mégacôlon toxique.
Lorsque létat du patient saméliore, un régime pauvre
en résidus peut être entrepris graduellement. Sil nest pas bien toléré,
une alimentation entérale peut être nécessaire. Toutefois, chez certains patients, la
diarrhée et la douleur abdominale peuvent saggraver avec lalimentation
entérale. Cela peut être maîtrisé par lusage dun produit iso-osmotique, la
dilution de la solution et ladministration lente et continuelle pendant 24 heures.
Il faut surveiller étroitement les patients pour déceler une détérioration éventuelle
de leur état, notamment lévolution vers un mégacôlon toxique ou une perforation.
Chez les patients qui montrent des signes de détérioration, le recours aux antibiotiques
peut être justifié. Si lévolution se poursuit et que le patient montre de plus en
plus de signes péritonéaux, lintervention chirurgicale devient impérative même
dans le cas dun patient âgé qui semble être un mauvais risque chirurgical. Traitement médical spécifique Aucun traitement spécifique nest nécessaire pour une maladie bénigne spontanément résolutive. Pour une maladie chronique, il ny a pas de traitement spécifique éprouvé et on ne dispose daucune donnée expérimentale pour évaluer lutilité des médicaments utilisés pour traiter les maladies inflammatoires de lintestin. En raison de lincidence relativement faible de la colite ischémique, il na pas été possible jusquici dorganiser une étude prospective à double insu valable, afin dévaluer lefficacité de ces médicaments. Toutefois, des patients qui ont une maladie évolutive de longue date ont été traités, avec des résultats variables, par lacide 5-aminosalicylique (5-AAS) administré par voie orale ou rectale (selon le siège de la maladie). Pour les patients qui ne répondent pas au 5-AAS, un traitement par des stéroïdes oraux ou locaux peut être tenté. Il ny a pas dexpérience avec le métronidazole ou les immunosuppresseurs. Contrairement à locclusion aiguë de lartère mésentérique, rien nindique que les vasodilatateurs (papavérine, inhibiteurs de lECA, nitrites, etc.) soient utiles dans la colite ischémique non gangréneuse. Au moment où le patient se présente, la lésion ischémique intramurale sest déjà produite et les vasodilatateurs ne peuvent pas renverser les modifications pathologiques. Le traitement des cardiopathies, le remplacement de la digitaline par un autre médicament, linterruption des oestrogènes, le traitement du diabète, la reconnaissance et le traitement dune vascularite, de la polyglobulie, etc., nont pas nécessairement deffet sur lévolution de la maladie chronique déjà établie, mais peuvent prévenir les rechutes. Traitement chirurgical Les indications pour une intervention chirurgicale immédiate sont le mégacôlon toxique et la nécrose transmurale menant à des signes péritonéaux. Généralement, dans les six mois qui suivent le début de la maladie, un nombre considérable de patients souffrant de colite ischémique grave auront des sténoses. Ils présentent alors des symptômes dobstruction partielle. On devrait tenter une dilatation colonoscopique mais, en cas déchec, une stricturoplastie ou une résection peuvent être nécessaires.
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