Lamidon, le sucrose et le lactose sont les principaux glucides de lalimentation humaine. Ils se trouvent dans les aliments peu coûteux et constituent la principale source de calories pour la population mondiale. En Occident, la ration quotidienne renferme environ 400 g de glucides : 60 % sous forme damidon, 30 % sous forme de sucrose et 10 % sous forme de lactose (un litre de lait contient 48 g de lactose). Lamidon présent dans le blé, le riz et le maïs est un polysaccharide dont la masse moléculaire se situe entre 100 000 et plus de 1 000 000. Le polysaccharide est constitué dune chaîne droite de molécules de glucose réunies par une molécule doxygène entre le premier carbone (C1) dune molécule de glucose et le quatrième carbone (C4) de la molécule suivante (lien a1, 4 glucose). Ce type damidon appelé amylose constitue 20 % de lamidon présent dans les aliments. Le lien glucose-glucose est de type alpha contrairement au lien de type bêta qui relie les molécules de glucose dans la cellulose, un saccharide non digestible. Le reste de lamidon (80 %) que lhomme ingère a un point de ramification toutes les 25 molécules le long de la chaîne droite a-1, 4 glucose. Cet amidon sappelle amylopectine. Les branches se font par une molécule doxygène entre le carbone C6 du glucose sur la chaîne droite et le carbone C1 de la ramification (point de ramification a-1, 6) qui continue sous forme de chaîne droite avec lien a-1, 4 glucose (figure 9). Les a-amylases salivaires et pancréatiques agissent sur les liens internes a-1, 4 glucose-glucose de lamidon mais ne peuvent attaquer les liens a-1, 4 voisins dun point de ramification 1, 6. Les produits de la digestion par lamylase sont donc le maltose et le maltotriose. Comme l a-amylase est incapable dhydrolyser les ramifications 1, 6 et a relativement peu daffinité pour les liens 1, 4 voisins de ces points de ramification, de gros oligosaccharides comportant de 5 à 9 molécules de glucose et ayant au moins une ramification 1, 6 sont aussi produits sous laction de l a-amylase. Il sagit des a-dextrines résiduelles qui représentent environ 30 % de la dégradation de lamylopectine. Les enzymes hydrolytiques à la surface des cellules épithéliales de lintestin assurent la digestion des oligosaccharides, incluant lamylose, lamylopectine et les a-dextrines résiduelles (figure 10 et figure 11). Ces enzymes hydrolytiques sappellent disaccharidases, mais la plupart dentre elles sont en fait des oligosaccharidases puisquelles hydrolysent des sucres contenant trois molécules dhexose ou plus. Ces enzymes se retrouvent en très grande quantité à lextrémité des villosités du jéjunum et elles sont présentes dans la plus grande partie de liléon mais non dans le côlon. La lactase scinde le lactose en glucose et en galactose. La glucamylase (maltase) se distingue de l a-amylase pancréatique par le fait quelle enlève une seule molécule de glucose à lextrémité non réductrice dune chaîne de glucose linéaire a-1, 4, dégradant ainsi le maltose en glucose. La sucrase est une molécule hybride constituée de deux enzymes, lune hydrolysant le sucrose, et lautre les points de ramification a-1, 6 des a-dextrines résiduelles. Cette enzyme sappelle couramment sucrase-isomaltase parce que la fraction isomaltase hydrolyse lisomaltose, disaccharide a-1, 6 glucosyle. Toutefois, les seuls produits qui contiennent des liens a-1, 6 après laction de lamylase sur lamidon sont les a-dextrines résiduelles. Par conséquent, il nexiste pas disomaltose libre à la surface de lintestin, et le terme « isomaltase » est impropre. La fraction sucrase dégrade le sucrose en glucose et fructose. À sa naissance, lhumain possède généralement toute la gamme des disaccharidases; elles sont situées dans la membrane de la bordure en brosse. Lingestion de grandes quantités de sucrose entraîne une augmentation de lactivité de la sucrase, probablement comme le substrat stabilise lenzyme et réduit sa vitesse de dégradation. En revanche, rien ne permet de croire que la régulation de lactivité de la lactase ou de la maltase dans lorganisme puisse être obtenue par des modifications au régime alimentaire. Une fois les disaccharides dégradés, comment les monosaccharides sont-ils absorbés? Le sodium facilite la captation du glucose en se liant avec ce dernier au transporteur de la bordure en brosse (SGLT1). Comme la concentration intracellulaire de sodium est faible, le gradient de concentration de lion Na+ diminue dans la cellule, et lion Na+ est ensuite chassé à lextérieur de la cellule au niveau de la membrane baso-latérale par la pompe à ATPase Na+ ,K+ , processus actif qui utilise lénergie produite par lhydrolyse de lATP. Le gradient électrochimique ainsi généré par le sodium fournit la force permettant lentrée du glucose. Le glucose accompagne lion Na + sur le transporteur de la bordure en brosse, puis est libéré dans la cellule où sa concentration peut dépasser celle de la lumière intestinale. Le glucose sort ensuite de la membrane baso-latérale de la cellule pour pénétrer dans le système porte à laide dun transporteur indépendant de lion Na+ (GLUT2). Le fructose, libéré par lhydrolyse du sucrose, est transporté par diffusion facilitée, un processus de transport (GLUT5) de la bordure en brosse qui est indépendant de celui du sodium et de celui du glucose. Compte tenu des principes physiologiques que nous venons dénoncer, la malabsorption des glucides peut se produire dans les cas suivants : 1) insuffisance pancréatique grave; 2) déficits sélectifs en disaccharidases de la bordure en brosse, par exemple un déficit en lactase; 3) détérioration générale de la bordure en brosse et des fonctions des entérocytes, comme dans la maladie coeliaque, la sprue tropicale et la gastro-entérite; 4) perte de la surface muqueuse, comme dans le syndrome de lintestin court. Même si les nourrissons ont souvent un déficit en amylase, lamidon ne fait généralement pas partie de lalimentation pendant les premiers mois de la vie. Chez ladulte, lamylase pancréatique est sécrétée en excès dans la lumière intestinale, de sorte que, même chez les personnes qui présentent une grave malabsorption des graisses secondaire à une insuffisance du pancréas exocrine, la quantité damylase salivaire et pancréatique résiduelle paraît suffisante pour hydrolyser complètement lamidon en oligosaccharides avant que le bol alimentaire atteigne le milieu du jéjunum. Par conséquent, il est extrêmement rare que lon observe une maldigestion de lamidon chez lhumain. Un déficit secondaire en disaccharidases peut se produire à la suite dune lésion anatomique de lintestin grêle, comme dans la maladie coeliaque, la sprue tropicale et la gastro-entérite. Lorsque les taux de disaccharidases sont suffisamment bas, loligosaccharide ou le disaccharide particulier non hydrolysé reste dans la lumière intestinale où il produit une accumulation de liquide, étant donné son effet osmotique. La fermentation bactérienne des disaccharides qui atteignent le côlon produit des acides gras (acides butyrique, formique, acétique et proprionique), des alcools et des gaz, H2 et CO2 (figure 12). La fermentation bactérienne est profitable à deux niveaux. Premièrement, lessentiel de la valeur calorique des glucides reste dans les produits de fermentation. La réabsorption des acides gras et des alcools dans le côlon « récupère » les calories des glucides mal absorbés. Deuxièmement, cette récupération entraîne une diminution du nombre dosmoles dans la lumière, donc une diminution de leau perdue dans les fèces. Pendant la fermentation des glucides en acides organiques, il se produit une libération des gaz H2 et CO2 par les bactéries du côlon. En général, le passage de grandes quantités de gaz par le rectum indique quune quantité excessive de glucides atteint le côlon. (Souvenez-vous de vos abus de bière!) Les déficits congénitaux primaires en disaccharidases sont inhabituels. Il faut cependant les distinguer des déficits secondaires, même si les résultats des épreuves générales sur labsorption sont normaux tout comme les examens histologiques de la muqueuse, car une biopsie de lintestin révélera labsence dactivité hydrolytique pour un seul disaccharide. Une carence en lactase (même secondaire) est très courante.
|