
 
| 6. ABSORPTION DES
GRAISSES |
page
223 |
Le processus global de la digestion des
graisses, ou lipides, et de leur absorption s’effectue en quatre phases
distinctes liées respectivement aux fonctions du pancréas, du foie, de
la muqueuse intestinale et du système lymphatique (figure
8). Du point de vue physiologique, ces phases comprennent 1)
la lipolyse des triglycérides (TG) en acide gras (AG) et en b-monoglycérides
(MG); 2) la solubilisation micellaire avec les acides biliaires; 3) la
captation par la cellule de la muqueuse, puis la réestérification des MG
avec les AG pour former des TG et la formation de chylomicrons en présence
de cholestérol, d’esters de cholestérol, de phospholipides et de protéines;
4) le transport des chylomicrons dans le système lymphatique en vue de
l’utilisation des graisses.
Le Nord-Américain consomme en moyenne, par
jour, de 60 à 100 g de graisses dont la plupart sont sous forme de
graisses neutres ou triglycérides. Dans l’intestin proximal, les TG
sont hydrolysés par les lipases produisant du glycérol, des AG et des
MG. Ces produits de la lipolyse sont d’abord mis en émulsion et forment
ensuite une solution micellaire.
Une fois les aliments, en particulier les
graisses, parvenus dans le duodénum, les cellules de la muqueuse libèrent
la cholécystokinine (CCK), ce qui entraîne une contraction de la vésicule
biliaire; les acides biliaires et d’autres produits biliaires sont alors
excrétés dans la partie proximale de l’intestin grêle. Les acides
biliaires ressemblent sur le plan chimique à des molécules détergentes,
en ce sens qu’une portion de la molécule est polaire et hydrosoluble
tandis que l’autre portion est non polaire et liposoluble. Une fois présents
en quantité suffisante, c’est-à-dire lorsqu’ils ont atteint la
concentration micellaire critique (CMC), les acides biliaires forment des
sphères chargées négativement, appelées micelles simples.
L’incorporation des AG et des MG forme un agrégat polymoléculaire plus
important, soit une micelle mixte. Ce processus est nécessaire pour émulsifier
les graisses et les disperser plus efficacement en fines gouttelettes, préparant
ainsi leur digestion par la lipase pancréatique. Cette enzyme agit
seulement à l’interface huile-eau et nécessite une grande surface. La
lipase pancréatique est sécrétée dans la lumière duodénale où elle
agit sur les aliments ingérés.
Il faut que les acides biliaires atteignent
des concentrations adéquates dans la lumière du jéjunum pour que se
produisent efficacement la solubilisation micellaire et la lipolyse par la
lipase pancréatique, une étape préliminaire à l’estérification et
à la captation. De telles concentrations sont maintenues grâce à la réutilisation
constante d’un pool relativement petit d’acides biliaires. Dans le
foie, environ 0,6 g d’acides biliaires nouveaux sont produits
quotidiennement à partir du cholestérol. Cette production vient
s’ajouter au pool d’acides biliaires de 3,0 g au total; ces acides
biliaires sont soumis de 6 à 10 fois par jour au cycle d’absorption
passive dans le jéjunum, puis d’absorption active dans l’iléon. Dans
chaque cycle, environ 96 % des acides biliaires sont absorbés par ces mécanismes,
le reste est excrété dans les selles. Les acides biliaires retournent au
foie par la veine porte et sont excrétés de nouveau. La recirculation
des acides biliaires entre l’intestin et le foie s’appelle circulation
entérohépatique.
Le rôle principal des micelles de sels
biliaires est de faciliter l’absorption des lipides en maintenant
ceux-ci sous forme hydrosoluble, en surmontant la résistance de la couche
aqueuse non agitée et en maintenant à une concentration élevée une
source locale d’acides gras et de cholestérol qui quittent les micelles
et pénètrent dans la cellule de la muqueuse.
Les micelles d’acides biliaires qui
contiennent les lipides sont maintenant prêtes à être captées par la
muqueuse. Deux faits importants se produisent alors dans la cellule
muqueuse : 1) la réestérification et 2) la formation de chylomicrons.
Les acides gras sont d’abord fixés de nouveau aux monoglycérides par réestérification,
et les triglycérides ainsi produits sont ensuite combinés avec de
petites quantités de cholestérol et recouverts de phospholipides et de
protéines pour former une classe particulière de lipoprotéines appelées
chylomicrons. Les chylomicrons sont ensuite libérés de la partie basale
de la cellule épithéliale à plateau strié et gagnent le chylifère
central de la villosité intestinale. De là, ils sont transportés par la
lymphe jusqu’au canal thoracique et aboutissent dans la circulation générale.
Les chylomicrons sont ensuite transportés dans le sang aux sièges d’élimination
et d’utilisation périphériques (p. ex. dans le foie, les muscles et
les tissus adipeux).
Compte tenu du processus physiologique que
nous venons d’énoncer, la malabsorption des graisses causée par une déficience
de la lipolyse ou de la solubilisation micellaire risque de se produire
dans les circonstances suivantes : 1) vidange gastrique rapide et brassage
inadéquat, comme après une vagotomie ou une gastrectomie; 2) altération
du pH duodénal, comme dans le syndrome de Zollinger-Ellison où
l’acidification excessive du duodénum inhibe l’action de la lipase;
3) insuffisance pancréatique et 4) cholestase, comme une obstruction
biliaire, une hépatopathie; 5) interruption de la circulation entéro-hépatique,
comme une maladie ou une résection iléale et une déconjugaison des sels
biliaires attribuable au syndrome de prolifération bactérienne.
La malabsorption des graisses due à une détérioration
de la captation, de l’assemblage ou du transport risque de se produire
au niveau de la muqueuse dans les cas suivants : 1) dysfonction générale
des entérocytes, comme dans la maladie coeliaque et la maladie de
Whipple; 2) insuffisance du processus d’enrobage comme dans l’abêtalipoprotéinémie,
défaut génétique de la synthèse de la lipoprotéine B avec pour conséquence
une formation insuffisante de chylomicrons; 3) troubles du système
lymphatique, comme dans la lymphangiectasie intestinale, la fibrose rétropéritonéale
ou le lymphome; 4) diminution de la surface muqueuse, comme dans le
syndrome de l’intestin court.
  
|