
 
| 5. ABSORPTION DE
L'EAU ET DES ÉLECTROLYTES |
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5.1 Perméabilité passive aux ions et à l’eau |
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L’épithélium de l’intestin grêle est
doté d’une très grande perméabilité passive au sel et à l’eau, en
raison de la perméabilité des jonctions qui unissent les cellules épithéliales.
L’équilibre osmotique entre le plasma et la lumière intestinale est
donc obtenu assez rapidement afin d’éviter des différences marquées
de concentration ionique. Les jonctions intercellulaires sont plus perméables
aux cations qu’aux anions, de sorte que les différences de
concentration entre le sang et la lumière de Na+ et de K+
sont généralement plus petites que celles du Cl – et du HCO3
– . L’épithélium du côlon a une perméabilité passive moindre au
sel et à l’eau. Cette perméabilité aux ions diminue du caecum au
rectum ainsi que du duodénum à l’iléon. Cette diminution de la perméabilité
passive aux ions (résistance électrique plus élevée) entraîne à
travers l’épithélium du côlon des différences de potentiel électrique
qui sont environ dix fois plus élevées que celles observées dans
l’intestin grêle (souvenons-nous de la loi d’Ohm : É = I x R où É
est le potentiel électrique, I, le courant électrique et R, la résistance
électrique). L’absorption active du Na+ , qui constitue la
principale activité du côlon distal, produit une charge positive dans la
séreuse ou une différence de potentiel (DP). Sous l’influence de
l’aldostérone (c.-à-d. déplétion de sel), la DP peut être de 60 mV
ou même plus. Une DP de 60 mV permettra donc de maintenir une différence
de concentration d’un facteur 10 pour un ion monovalent comme le K+
. Par conséquent, c’est la DP qui est essentiellement responsable de la
concentration élevée de K+ dans le rectum. Malgré la
concentration fécale élevée de K+ , la quantité de K+
perdue dans les selles est petite parce que normalement le volume des
selles (environ 200 à 300 mL par jour) est petit. En revanche, au cours
d’une diarrhée de fort volume (plusieurs litres par jour) qui a son
origine dans l’intestin grêle, la concentration de K+ dans
les selles est beaucoup plus basse (10 à 30 mmol), mais les pertes de K+
dans les selles sont malgré tout élevées, en raison des gros volumes évacués.
La concentration de K+ dans les selles est faible (et la
concentration de Na+ relativement élevée) parce que le
liquide diarrhéique descend dans le côlon trop rapidement pour qu’un
équilibre à travers l’épithélium du côlon puisse être obtenu.
| 5.2 Absorption
active des électrolytes le long de l’intestin |
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217 |
De tous les organes, l’intestin, et en
particulier l’intestin grêle, est celui qui détient la plus grande
capacité de sécrétion d’eau et d’électrolytes. Dans l’intestin
grêle et le côlon, la sécrétion semble se faire essentiellement, sinon
exclusivement, dans les cryptes; l’épithélium le plus superficiel des
extrémités des villosités est absorbant. Les processus morbides qui
causent une lésion aux villosités ou aux parties superficielles de l’épithélium
intestinal (p. ex. l’entérite virale) entraînent inévitablement un
glissement de l’équilibre général entre l’absorption et la sécrétion,
vers la sécrétion. Les lésions sont particulièrement importantes chez
les patients atteints de la maladie coeliaque, où l’on observe une
atrophie des villosités de même qu’une hypertrophie des cryptes de
Lieberkühn.
Dans l’intestin grêle, l’absorption active de l’eau et des électrolytes
peut être dépendante ou indépendante des nutriments.
5.2.1 ABSORPTION DÉPENDANTE DES
NUTRIMENTS
L’absorption du glucose et des acides
aminés neutres est dépendante de Na+ , c’est-à-dire que
chaque molécule de glucose ou d’acide aminé traverse la bordure en
brosse accompagnée d’un Na+ (figure
4). La pompe à sodium (ATPase Na + ,K+
), située exclusivement dans la membrane baso-latérale de l’entérocyte,
extrait le Na+ qui a pénétré dans la cellule à partir de la
lumière afin de maintenir dans la cellule une faible concentration en Na+
, une forte concentration en K + et un potentiel électrique négatif.
Cette pompe procure l’énergie potentielle pour l’absorption en amont
du sucre et des acides aminés. Le glucose est transporté avec le sodium.
Lorsque la sécrétion intestinale est perturbée, comme dans le cas du
choléra, le glucose peut être absorbé normalement; il s’ensuit une
absorption de Na+ (et donc d’eau). On peut compenser les
pertes hydriques par l’administration par voie orale d’une solution de
glucose et d’électrolytes * , ce qui évite l’administration de solutés
par voie intraveineuse, à moins que le patient ne soit comateux ou trop
nauséeux pour boire les quantités de liquide nécessaires à la réhydratation.
En pratique, ces connaissances ont eu un effet marquant sur la santé
mondiale, tout particulièrement chez les enfants, étant donné que
l’infrastructure hospitalière et les solutions stériles d’électrolytes
sont considérablement limitées dans les parties du monde où justement
la prévalence de diarrhée, comme celle causée par le choléra, est très
élevée.
* NOTE : Composition par mmol/L de la
solution de réhydratation recommandée par l’OMS : glucose, 111; Na +
, 90; K+ , 20; Cl- , 80; HCO3-
, 30.
5.2.2 ABSORPTION INDÉPENDANTE DES
NUTRIMENTS
L’absorption active des électrolytes et
de l’eau indépendante des nutriments par les cellules épithéliales de
l’intestin s’exerce par plusieurs mécanismes précis à différents
niveaux du tube digestif des mammifères (figures 5 et 6). Tous ces mécanismes
font appel à la pompe à ATPase Na+ ,K+ située
dans la membrane baso-latérale et dépendante de la présence de Na+
dans la lumière intestinale.
Dans le côlon distal (figure
5), la membrane luminale renferme des canaux à Na+
qui peuvent être bloqués par de faibles concentrations de
l’association diurétique pyrazine-amiloride. Le Na+ qui pénètre
par ces canaux dans la membrane luminale est ensuite expulsé de la
membrane baso-latérale par la pompe à ATPase Na+ ,K+
. L’aldostérone augmente le nombre de ces canaux et aussi, mais plus
lentement, le nombre de pompes à ATPase Na+ ,K+ .
Par conséquent, l’aldostérone favorise l’absorption active du Na+
dans le côlon distal. À un degré moindre, l’aldostérone fait aussi
apparaître des canaux Na+ dans le côlon proximal et même
dans l’iléon distal. Le Cl- est absorbé avec le Na+
et traverse l’épithélium à la fois par les voies cellulaire et
paracellulaire. La voie transcellulaire suppose un échangeur Cl-
/HCO3- dans la membrane luminale et des canaux Cl-
dans la membrane baso-latérale. Les médiateurs intracellulaires comme
l’AMP cyclique (AMPc) ne semblent pas modifier les canaux Na+
. Ainsi, les patients qui ont des diarrhées sécrétoires, en particulier
ceux qui accusent une déplétion de sel, et donc des taux élevés
d’aldostérone dans le sang, peuvent réabsorber une partie du liquide sécrété
dans le côlon distal. La spironolactone, qui inhibe l’action de
l’aldostérone, peut aggraver la diarrhée chez ces patients.
Dans le côlon proximal et dans l’iléon, la membrane luminale
renferme des échangeurs Na+ /H+ qui permettent une
entrée nette de Na+ (figure
6). Le côlon et l’iléon (mais non le jéjunum) ont aussi
dans leur bordure luminale des échangeurs Cl – /HCO3-
. Le pH de la cellule détermine la vitesse relative de ces deux échangeurs.
Ainsi, l’extraction de l’H+ par l’échange Na+
/H+ peut alcaliniser la cellule, ce qui stimule l’entrée du
Cl- et l’extraction du HCO3- par l’échange
Cl- /HCO3- , ce qui augmente l’H+
de la cellule et ainsi maintient l’échange Na+ /H+
. L’augmentation des concentrations cellulaires d’AMP cyclique et de
Ca++ libre inhibe l’échange Na+ /H+ .
L’AMP cyclique et ses agonistes entraînent donc une acidification de la
cellule qui, à son tour, inhibe l’échange Cl- /HCO3-.
Par conséquent, l’absorption des électrolytes dans l’intestin grêle
et dans le gros intestin, hormis le côlon distal, peut être abaissée
par les hormones, les neurotransmetteurs et certaines substances luminales
(entérotoxines bactériennes, sels biliaires, acides gras hydroxylés)
qui augmentent les concentrations cellulaires d’AMP cyclique ou de Ca++
libre. C’est pourquoi le liquide sécrété par l’organisme en réponse
à ces stimuli ne peut être réabsorbé efficacement en l’absence
d’acides aminés ou de sucres, sauf dans le côlon distal. Dans le jéjunum
où il ne semble pas y avoir d’échange Cl- /HCO3-,
l’échange Na+ /H+ peut être adéquatement
maintenu par la glycolyse anaérobie qui produit de l’H+ et
aussi un peu d’ATP.
Il existe aussi certaines preuves de cotransport direct du Na+
et du Cl- bien que ce phénomène soit difficile à distinguer
expérimentalement de celui des échangeurs doubles. Ce mécanisme
d’entrée pourrait exister dans l’iléon et dans le côlon proximal.
| 5.3 Sécrétion
active des électrolytes dans l’intestin |
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221 |
Dans la cellule sécrétrice, l’entrée
du Cl- en provenance du milieu ambiant contraluminal (sang ou côté
séreux de l’entérocyte) est jumelée à celle du Na+ et
probablement aussi à celle du K+ par un cotransporteur triple
avec une stoechiométrie de 1 Na+ ,1 K+ et 2 Cl-.
Le Na+ qui pénètre de cette façon est ensuite recyclé dans
la solution contraluminale par la pompe à Na+ /K+ (figure
7). Le K+ , qui pénètre grâce à la pompe et
aussi au triple cotransporteur, retourne du côté contraluminal par les
canaux à K+ . En raison du gradient du Na+ ,le Cl-
s’accumule au-delà de l’état d’équilibre électrochimique et peut
être soit a) recyclé dans la solution contraluminale par le
cotransporteur Na+ ,K+ et 2 Cl- ou par
les canaux à Cl- de la membrane baso-latérale, soit b) sécrété
dans la lumière par les canaux à Cl- de la membrane luminale.
La sécrétion du Cl- dans la lumière produit une différence
de potentiel électrique positive vers la séreuse, ce qui assure une
force de conduction nécessaire à la sécrétion du Na+ par
les voies paracellulaires. Dans la cellule sécrétrice à l’état de
repos, les canaux luminaux Cl- sont fermés; ils s’ouvrent
lorsque la sécrétion est stimulée par une hormone ou par un
neurotransmetteur. La sécrétion est donc déclenchée par l’ouverture
de la « barrière » Cl- dans la membrane luminale de la
cellule sécrétrice.
L’AMP cyclique, le GMP cyclique et le Ca++ sont les médiateurs
intracellulaires connus de la sécrétion (tableau
2).
TABLEAU 2.
Hormones et neurotransmetteurs qui stimulent la sécrétion
intestinale
|
|
Médiateur
intracellulaire
|
| AMPc
| Ca++
| Inconnu
|
|
Peptide intestinal
vasoactif
(VIP)
Prostaglandines
Bradykinine
| Bradykinine
Acétylcholine
Substance P
Neurotensine
Sérotonine
| Bombésine
Produits de la lipoxygénase
Thyrocalcitonine
Histamine
Vasopressine
|
|
| Seuls les
agents dont l’efficacité a été démontrée in vitro sont
énumérés. Plusieurs autres hormones stimulent la sécrétion in
vivo, mais il n’est pas évident qu’elles agissent
directement sur la muqueuse intestinale; le glucagon et la
pentagastrine font partie de ce groupe. |
Ils peuvent provenir du sang, des
terminaisons nerveuses, des cellules endocrines de l’épithélium
(cellules APUD), d’éléments du mésenchyme, comme les lymphocytes, les
plasmocytes et les mastocytes, ou être produits par les entérocytes
eux-mêmes. L’action des agonistes, à l’exception des agonistes de
l’AMP cyclique, des produits de la lipoxydase et de la calcitonine, est
de courte durée et la désensibilisation s’effectue rapidement. Ils
permettent d’ajuster précisément le transport des électrolytes plutôt
que d’assurer une sécrétion soutenue.
Puisqu’il existe des hormones et des neurotransmetteurs qui stimulent
la sécrétion active des électrolytes dans l’intestin, on peut
s’attendre à ce qu’il y ait des agonistes qui inhibent la sécrétion
ou qui stimulent l’absorption, voire qui exercent les deux rôles à la
fois. Ces agonistes comprennent les adrénocorticoïdes, la noradrénaline,
la somatostatine, les enképhalines et la dopamine. Les glucocorticoïdes
augmentent aussi l’absorption des électrolytes dans tout le tube
digestif, mais leurs mécanismes d’action sont moins bien compris que
ceux de l’aldostérone. Les glucocorticoïdes agiraient, entre autres,
en inhibant la phospholipase A2 et, par conséquent, la réaction
en cascade de l’acide arachidonique. Les récepteurs adrénergiques situés
sur les entérocytes sont presque exclusivement de type a
2 . Le système nerveux sym-pathique qui innerve la muqueuse intestinale
en libérant de la noradrénaline (un antagoniste des récepteurs a
2 ), inhibe la sécrétion des électrolytes et en stimule l’absorption.
Une sympathectomie, qu’elle soit réalisée chimiquement ou
chirurgicalement, provoque de la diarrhée, du moins temporairement. Les
diabétiques chroniques qui présentent une atteinte du système nerveux
autonome souffrent quelquefois de diarrhée persistante secondaire à la dégénérescence
des fibres adrénergiques qui innervent l’intestin. La somatostatine et
les enképhalines exercent aussi une action antisécrétrice.
  
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