Lépithélium de lintestin grêle est doté dune très grande perméabilité passive au sel et à leau, en raison de la perméabilité des jonctions qui unissent les cellules épithéliales. Léquilibre osmotique entre le plasma et la lumière intestinale est donc obtenu assez rapidement afin déviter des différences marquées de concentration ionique. Les jonctions intercellulaires sont plus perméables aux cations quaux anions, de sorte que les différences de concentration entre le sang et la lumière de Na+ et de K+ sont généralement plus petites que celles du Cl et du HCO3 . Lépithélium du côlon a une perméabilité passive moindre au sel et à leau. Cette perméabilité aux ions diminue du caecum au rectum ainsi que du duodénum à liléon. Cette diminution de la perméabilité passive aux ions (résistance électrique plus élevée) entraîne à travers lépithélium du côlon des différences de potentiel électrique qui sont environ dix fois plus élevées que celles observées dans lintestin grêle (souvenons-nous de la loi dOhm : É = I x R où É est le potentiel électrique, I, le courant électrique et R, la résistance électrique). Labsorption active du Na+ , qui constitue la principale activité du côlon distal, produit une charge positive dans la séreuse ou une différence de potentiel (DP). Sous linfluence de laldostérone (c.-à-d. déplétion de sel), la DP peut être de 60 mV ou même plus. Une DP de 60 mV permettra donc de maintenir une différence de concentration dun facteur 10 pour un ion monovalent comme le K+ . Par conséquent, cest la DP qui est essentiellement responsable de la concentration élevée de K+ dans le rectum. Malgré la concentration fécale élevée de K+ , la quantité de K+ perdue dans les selles est petite parce que normalement le volume des selles (environ 200 à 300 mL par jour) est petit. En revanche, au cours dune diarrhée de fort volume (plusieurs litres par jour) qui a son origine dans lintestin grêle, la concentration de K+ dans les selles est beaucoup plus basse (10 à 30 mmol), mais les pertes de K+ dans les selles sont malgré tout élevées, en raison des gros volumes évacués. La concentration de K+ dans les selles est faible (et la concentration de Na+ relativement élevée) parce que le liquide diarrhéique descend dans le côlon trop rapidement pour quun équilibre à travers lépithélium du côlon puisse être obtenu.
De tous les organes, lintestin, et en
particulier lintestin grêle, est celui qui détient la plus grande capacité de
sécrétion deau et délectrolytes. Dans lintestin grêle et le côlon,
la sécrétion semble se faire essentiellement, sinon exclusivement, dans les cryptes;
lépithélium le plus superficiel des extrémités des villosités est absorbant.
Les processus morbides qui causent une lésion aux villosités ou aux parties
superficielles de lépithélium intestinal (p. ex. lentérite virale)
entraînent inévitablement un glissement de léquilibre général entre
labsorption et la sécrétion, vers la sécrétion. Les lésions sont
particulièrement importantes chez les patients atteints de la maladie coeliaque, où
lon observe une atrophie des villosités de même quune hypertrophie des
cryptes de Lieberkühn.
Dans lintestin grêle, labsorption active de
leau et des électrolytes peut être dépendante ou indépendante des
nutriments. 5.2.1 ABSORPTION DÉPENDANTE DES NUTRIMENTS Labsorption du glucose et des acides aminés neutres est dépendante de Na+ , cest-à-dire que chaque molécule de glucose ou dacide aminé traverse la bordure en brosse accompagnée dun Na+ (figure 4). La pompe à sodium (ATPase Na + ,K+ ), située exclusivement dans la membrane baso-latérale de lentérocyte, extrait le Na+ qui a pénétré dans la cellule à partir de la lumière afin de maintenir dans la cellule une faible concentration en Na+ , une forte concentration en K + et un potentiel électrique négatif. Cette pompe procure lénergie potentielle pour labsorption en amont du sucre et des acides aminés. Le glucose est transporté avec le sodium. Lorsque la sécrétion intestinale est perturbée, comme dans le cas du choléra, le glucose peut être absorbé normalement; il sensuit une absorption de Na+ (et donc deau). On peut compenser les pertes hydriques par ladministration par voie orale dune solution de glucose et délectrolytes * , ce qui évite ladministration de solutés par voie intraveineuse, à moins que le patient ne soit comateux ou trop nauséeux pour boire les quantités de liquide nécessaires à la réhydratation. En pratique, ces connaissances ont eu un effet marquant sur la santé mondiale, tout particulièrement chez les enfants, étant donné que linfrastructure hospitalière et les solutions stériles délectrolytes sont considérablement limitées dans les parties du monde où justement la prévalence de diarrhée, comme celle causée par le choléra, est très élevée. * NOTE : Composition par mmol/L de la solution de réhydratation recommandée par lOMS : glucose, 111; Na + , 90; K+ , 20; Cl- , 80; HCO3- , 30. 5.2.2 ABSORPTION INDÉPENDANTE DES NUTRIMENTS Labsorption active des électrolytes
et de leau indépendante des nutriments par les cellules épithéliales de
lintestin sexerce par plusieurs mécanismes précis à différents niveaux du
tube digestif des mammifères (figures 5 et 6). Tous ces mécanismes font appel à la
pompe à ATPase Na+ ,K+ située dans la membrane baso-latérale et dépendante de la
présence de Na+ dans la lumière intestinale.
Dans le côlon distal (figure 5), la membrane luminale renferme
des canaux à Na+ qui peuvent être bloqués par de faibles concentrations de
lassociation diurétique pyrazine-amiloride. Le Na+ qui pénètre par ces canaux
dans la membrane luminale est ensuite expulsé de la membrane baso-latérale par la pompe
à ATPase Na+ ,K+ . Laldostérone augmente le nombre de ces canaux et aussi, mais
plus lentement, le nombre de pompes à ATPase Na+ ,K+ . Par conséquent,
laldostérone favorise labsorption active du Na+ dans le côlon distal. À un
degré moindre, laldostérone fait aussi apparaître des canaux Na+ dans le côlon
proximal et même dans liléon distal. Le Cl- est absorbé avec le Na+ et
traverse lépithélium à la fois par les voies cellulaire et paracellulaire. La
voie transcellulaire suppose un échangeur Cl- /HCO3- dans la membrane
luminale et des canaux Cl- dans la membrane baso-latérale. Les médiateurs
intracellulaires comme lAMP cyclique (AMPc) ne semblent pas modifier les canaux Na+
. Ainsi, les patients qui ont des diarrhées sécrétoires, en particulier ceux qui
accusent une déplétion de sel, et donc des taux élevés daldostérone dans le
sang, peuvent réabsorber une partie du liquide sécrété dans le côlon distal. La
spironolactone, qui inhibe laction de laldostérone, peut aggraver la
diarrhée chez ces patients.
Dans le côlon proximal et dans liléon, la membrane
luminale renferme des échangeurs Na+ /H+ qui permettent une entrée nette de Na+ (figure 6). Le côlon et liléon
(mais non le jéjunum) ont aussi dans leur bordure luminale des échangeurs Cl
/HCO3- . Le pH de la cellule détermine la vitesse relative de ces deux échangeurs.
Ainsi, lextraction de lH+ par léchange Na+ /H+ peut alcaliniser la
cellule, ce qui stimule lentrée du Cl- et lextraction du HCO3-
par léchange Cl- /HCO3- , ce qui augmente lH+ de la cellule et
ainsi maintient léchange Na+ /H+ . Laugmentation des concentrations
cellulaires dAMP cyclique et de Ca++ libre inhibe léchange Na+ /H+ .
LAMP cyclique et ses agonistes entraînent donc une acidification de la cellule qui,
à son tour, inhibe léchange Cl- /HCO3-. Par conséquent,
labsorption des électrolytes dans lintestin grêle et dans le gros intestin,
hormis le côlon distal, peut être abaissée par les hormones, les
neurotransmetteurs et certaines substances luminales (entérotoxines bactériennes, sels
biliaires, acides gras hydroxylés) qui augmentent les concentrations cellulaires
dAMP cyclique ou de Ca++ libre. Cest pourquoi le liquide sécrété par
lorganisme en réponse à ces stimuli ne peut être réabsorbé efficacement en
labsence dacides aminés ou de sucres, sauf dans le côlon distal. Dans le
jéjunum où il ne semble pas y avoir déchange Cl- /HCO3-,
léchange Na+ /H+ peut être adéquatement maintenu par la glycolyse anaérobie
qui produit de lH+ et aussi un peu dATP.
Il existe aussi certaines preuves de cotransport direct du Na+ et du Cl- bien que ce phénomène soit difficile à
distinguer expérimentalement de celui des échangeurs doubles. Ce mécanisme
dentrée pourrait exister dans liléon et dans le côlon proximal.
Dans la cellule sécrétrice,
lentrée du Cl- en provenance du milieu ambiant contraluminal (sang ou côté
séreux de lentérocyte) est jumelée à celle du Na+ et probablement aussi à
celle du K+ par un cotransporteur triple avec une stoechiométrie de 1 Na+ ,1 K+ et 2
Cl-. Le Na+ qui pénètre de cette façon est ensuite recyclé dans la solution
contraluminale par la pompe à Na+ /K+ (figure
7). Le K+ , qui pénètre grâce à la pompe et aussi au triple
cotransporteur, retourne du côté contraluminal par les canaux à K+ . En raison du
gradient du Na+ ,le Cl- saccumule au-delà de létat déquilibre
électrochimique et peut être soit a) recyclé dans la solution contraluminale par le
cotransporteur Na+ ,K+ et 2 Cl- ou par les canaux à Cl- de la membrane
baso-latérale, soit b) sécrété dans la lumière par les canaux à Cl- de la
membrane luminale. La sécrétion du Cl- dans la lumière produit une différence de
potentiel électrique positive vers la séreuse, ce qui assure une force de conduction
nécessaire à la sécrétion du Na+ par les voies paracellulaires. Dans la cellule
sécrétrice à létat de repos, les canaux luminaux Cl- sont fermés; ils
souvrent lorsque la sécrétion est stimulée par une hormone ou par un
neurotransmetteur. La sécrétion est donc déclenchée par louverture de la «
barrière » Cl- dans la membrane luminale de la cellule sécrétrice.
LAMP cyclique, le GMP cyclique et le Ca++ sont les médiateurs intracellulaires connus de la
sécrétion (tableau 2).
Ils peuvent provenir du sang, des
terminaisons nerveuses, des cellules endocrines de lépithélium (cellules APUD),
déléments du mésenchyme, comme les lymphocytes, les plasmocytes et les
mastocytes, ou être produits par les entérocytes eux-mêmes. Laction des
agonistes, à lexception des agonistes de lAMP cyclique, des produits de la
lipoxydase et de la calcitonine, est de courte durée et la désensibilisation
seffectue rapidement. Ils permettent dajuster précisément le transport des
électrolytes plutôt que dassurer une sécrétion soutenue.
Puisquil existe des hormones et des neurotransmetteurs qui stimulent la sécrétion active des
électrolytes dans lintestin, on peut sattendre à ce quil y ait des
agonistes qui inhibent la sécrétion ou qui stimulent labsorption, voire qui
exercent les deux rôles à la fois. Ces agonistes comprennent les adrénocorticoïdes,
la noradrénaline, la somatostatine, les enképhalines et la dopamine. Les
glucocorticoïdes augmentent aussi labsorption des électrolytes dans tout le tube
digestif, mais leurs mécanismes daction sont moins bien compris que ceux de
laldostérone. Les glucocorticoïdes agiraient, entre autres, en inhibant la
phospholipase A2 et, par conséquent, la réaction en cascade de lacide
arachidonique. Les récepteurs adrénergiques situés sur les entérocytes sont presque
exclusivement de type a 2 . Le système nerveux sym-pathique qui innerve la muqueuse
intestinale en libérant de la noradrénaline (un antagoniste des récepteurs a 2 ),
inhibe la sécrétion des électrolytes et en stimule labsorption. Une
sympathectomie, quelle soit réalisée chimiquement ou chirurgicalement, provoque de
la diarrhée, du moins temporairement. Les diabétiques chroniques qui présentent une
atteinte du système nerveux autonome souffrent quelquefois de diarrhée persistante
secondaire à la dégénérescence des fibres adrénergiques qui innervent
lintestin. La somatostatine et les enképhalines exercent aussi une action
antisécrétrice.
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