
 
| 23. MALADIES
VASCULAIRES DE L'INTESTIN GRÊLE |
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23.1 Ischémie intestinale |
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Les principales causes de l’ischémie
intestinale aiguë, appelée aussi infarctus mésentérique, sont
l’oblitération embolique, la thrombose de l’artère mésentérique
supérieure (AMS), la thrombose de la veine mésentérique ou l’ischémie
sans oblitération. Les états congénitaux d’hypercoagulation dus à
une carence en protéine C, en protéine S ou en antithrombine III peuvent
également causer une thrombose de la veine mésentérique supérieure.
23.1.1 OBLITÉRATION AIGUË DE L’ARTÈRE
ET DE LA VEINE MÉSENTÉRIQUES
L’oblitération embolique de l’artère
mésentérique supérieure est en général associée avec des arythmies
cardiaques, une valvulopathie, un infarctus du myocarde récent ou un anévrisme
mycosique. Si l’embolus se loge à la naissance de l’artère mésentérique
supérieure, la totalité de l’intestin grêle et le segment proximal du
côlon seront touchés. La thrombose de la veine mésentérique touche
habituellement la veine mésentérique supérieure ou ses branches et la
veine porte. Elle peut être primaire ou secondaire à divers états
d’hypercoagulabilité (p. ex. la polyglobulie essentielle, la
carcinomatose ou la prise de contraceptifs oraux), à une septicémie
intra-abdominale (p. ex. la cholangite ou l’abcès diverticulaire) ou à
un état où le débit sanguin est perturbé, comme dans le choc cardiogénique.
23.1.2 ISCHÉMIE INTESTINALE SANS OBLITÉRATION
L’ischémie intestinale sans oblitération
est la forme la plus répandue et la plus mortelle des maladies
vasculaires de l’intestin, représentant au moins 50 % de tous les cas
avec un taux de mortalité voisin de 100 %. Elle est souvent associée
avec une diminution du débit cardiaque, une septicémie intra-abdominale
et des néoplasies malignes au stade avancé. Les dérivés digitaliques
entraînent une constriction des vaisseaux splanchniques et risquent
d’aggraver et parfois même de provoquer l’ischémie intestinale.
23.1.3 DIAGNOSTIC ET TRAITEMENT
Le patient typique est âgé de plus de 50
ans; il présente une cardiopathie artérioscléreuse, une valvulopathie
ou une insuffisance cardiaque de longue date mal maîtrisée; il souffre
d’hypotension; il a récemment subi un infarctus du myocarde ou souffre
d’arythmies cardiaques. Les douleurs abdominales sont de façon caractéristique
périombilicales et spasmodiques. Les signes physiques sont souvent
minimes au premier stade de la maladie. L’abdomen est mou, parfois un
peu distendu et légèrement sensible à la palpation. Des douleurs
abdominales de toute intensité, accompagnées de rares signes cliniques
abdominaux et d’une hyperleucocytose (souvent supérieure à 20 000/mm2
), sont d’importants indices pour poser le bon diagnostic. Les signes
d’ischémie avancée sont notamment les nausées, les vomissements,
l’irritation péritonéale, la leucocytose et l’acidose métabolique
progressive. Chez une minorité de patients, une distension abdominale
inexpliquée, une hémorragie digestive ou l’installation rapide d’un
état de confusion et d’une acidose chez la personne âgée sont souvent
les premières manifestations de l’ischémie de l’intestin grêle.
La réanimation permet d’abord de
corriger la ou les causes déclenchantes. Le rétablissement du débit
cardiaque par l’administration de solutés par voie intraveineuse est de
toute première importance. L’administration de dérivés digitaliques,
de diurétiques et de vasoconstricteurs doit être interrompue si
possible. Il faut ensuite procéder à des clichés simples de l’abdomen,
à une échographie ou à une tomodensitométrie pour exclure les autres
causes possibles de ces douleurs abdominales aiguës. Après le rétablissement
de la volémie, l’étape clé du traitement de l’ischémie intestinale
aiguë est l’angiographie abdominale. Toutefois, il ne faut pas oublier
que l’angiographie chez un patient hypovolémique ou hypotendu montrera
souvent une vasoconstriction mésentérique et que, dans un tel cas, la
technique perd son utilité comme outil diagnostique. De plus, chez un
patient hypovolémique, l’angiographie peut précipiter l’insuffisance
rénale. Si l’angiographie est normale, le patient sera gardé sous étroite
observation et on pratiquera une laparotomie diagnostique seulement à
l’apparition des signes d’irritation péritonéale. Si
l’angiographie révèle une oblitération artérielle mineure sans
irritation péritonéale, on pourra administrer de la papavérine, à
raison de 60 mg/heure, dans l’artère mésentérique supérieure par le
cathéter utilisé pour l’angiographie. Si des signes péritonéaux
apparaissent, peu importe le moment, une laparotomie avec résection du
segment ischémique est indiquée. Le rôle de l’angioplastie ou
d’autres techniques angiographiques n’est pas encore déterminé. Si
l’angiographie révèle une oblitération majeure à la naissance de
l’artère mésentérique supérieure, la laparotomie doit être pratiquée
sur-le-champ. Un embolus peut habituellement être retiré sans difficulté,
tandis qu’une oblitération thrombotique nécessitera un pontage entre
l’aorte et l’artère distale pour court-circuiter le siège de
l’oblitération. Une fois la vascularisation rétablie, il faudra réséquer
toute partie non viable de l’intestin. Il est recommandé de tenter de
sauver tout l’intestin viable, quitte à pratiquer une nouvelle
exploration 24 heures plus tard. La décision de procéder à une nouvelle
intervention se prend au moment de la première laparotomie et ne doit pas
être remise en question même si l’évolution postopératoire semble
favorable. Comme l’oblitération aiguë de l’artère mésentérique
supérieure est associée avec un angiospasme prolongé, l’artère doit
être irriguée avec de la papavérine pendant les 24 heures qui suivent
l’opération.
En cas de vasoconstriction splanchnique
sans oblitération, on administrera de la papavérine par voie intra-artérielle.
Si les douleurs abdominales persistent malgré la perfusion et que des
signes d’irritation péritonéale font leur apparition, on devra
pratiquer sans délai une laparotomie.
La thrombose veineuse se caractérise à l’angiographie par une
prolongation du temps artériel et par un manque d’opacification du réseau
veineux. Si un diagnostic ferme de thrombose veineuse a été posé,
l’anticoagulothérapie est indiquée. Toutefois, si le patient présente
des signes péritonéaux, la laparotomie et la résection sont de mise.
Cette approche globale du traitement de l’ischémie de l’artère mésentérique
supérieure permet de poser un diagnostic précoce et d’éviter
l’intervention chirurgicale. Le taux de mortalité global est ainsi réduit
d’environ 50 %; 90 % des patients qui ne présentent pas de signes péritonéaux
au moment de l’angiographie survivent.
| 23.2 Ischémie
intestinale chronique |
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Cette affection rare survient chez les
personnes âgées qui présentent une oblitération partielle d’au moins
deux des trois branches principales des vaisseaux mésentériques (le
tronc coeliaque et les artères mésentériques supérieure et inférieure).
Sur le plan clinique, la maladie se manifeste plus précisément par des
douleurs épigastriques ou périombilicales qui débutent après le repas
et durent de une à trois heures (angor abdominal postprandial) même si
cela ne se produit pas souvent. Les douleurs peuvent entraîner une
diminution de l’apport alimentaire (sitiophobie) et par conséquent une
perte de poids marquée. Le ballonnement, la flatulence et la diarrhée
sont fréquents, et 50 % des patients souffrent de stéatorrhée. Cela est
dû au fait qu’une ischémie intestinale chronique peut causer une lésion
de la muqueuse. En général, l’examen physique ne permet pas de poser
le diagnostic. Des souffles abdominaux systoliques peuvent être entendus
chez 50 % des patients, mais ils ne constituent pas un signe
pathognomonique. (Il est fréquent d’entendre des bruits épigastriques
chez les sujets normaux.) Les patients chez qui l’on soupçonne ce
syndrome et qui ne présentent aucune autre anomalie pouvant expliquer
leurs symptômes devraient subir une angiographie abdominale. Si
l’angiographie révèle une oblitération supérieure à 90 % d’au
moins deux branches, il faudra procéder à un pontage aorto-AMS qui reste
l’intervention de choix. Le taux de mortalité associé avec
l’intervention est inférieur à 10 %, et la majorité des patients
seront soulagés de leur angor abdominal postprandial. Il est important de
déceler et de traiter l’ischémie intestinale chronique en raison du
risque élevé de thrombose de l’artère mésentérique supérieure.
  
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