
 
| 18. ENTÉROPATHIE
EXSUDATIVE |
page
288 |
L’entéropathie exsudative englobe un
large éventail de troubles gastro-intestinaux associés avec une déperdition
excessive de protéines plasmatiques dans la lumière intestinale. Les
pertes quotidiennes normales en protéines plasmatiques sont inférieures
à 1 % ou 2 % des réserves plasmatiques. On ne connaît pas bien la voie
par laquelle la déperdition des protéines plasmatiques s’effectue à
travers la muqueuse normale. Il est probable que la desquamation rapide
des cellules épithéliales de la surface muqueuse s’accompagne d’une
perte des protéines plasmatiques du chorion au niveau où la cellule se détache.
Dans presque toute affection de l’intestin grêle, la déperdition
excessive des protéines plasmatiques à travers la paroi intestinale peut
découler de plusieurs mécanismes : maladie de la muqueuse sans ulcération
mais avec une perméabilité accrue; maladie de la muqueuse avec érosion
ou ulcération (perte de protéines dans l’exsudat inflammatoire) et
obstruction lymphatique avec fuite de la lymphe intestinale directement
des chylifères obstrués. L’entéropathie exsudative peut également être
causée par une inflammation, une ischémie ou une tumeur du côlon. Des
changements d’adaptation dans la synthèse endogène des protéines
plasmatiques individuelles peuvent compenser en partie cette perte
excessive dans l’intestin.
Sur le plan clinique, la perte d’albumine
peut se manifester par un oedème déclive. Une diminution des taux de
protéines, qui lient l’hydrocortisone et les hormones thyroïdiennes,
abaisse le taux plasmatique total de ces hormones, même si des taux
normaux d’hormone libre permettent le maintien de la fonction hormonale.
Une déperdition entérique excessive des protéines plasmatiques autres
que l’albumine entraîne rarement des problèmes cliniques;
l’hypogammaglobulinémie qui s’ensuit ne prédispose pas les patients
à l’infection, et la perte des facteurs de coagulation est rarement
suffisante pour nuire à l’hémostase.
Cependant, les patients atteints d’une
entéropathie exsudative causée par une obstruction lymphatique subissent
non seulement une déperdition d’albumine et de protéines plasmatiques,
mais aussi une perte de la lymphe intestinale avec une perte subséquente
des triglycérides à chaîne longue, des vitamines liposolubles et des
petits lymphocytes.
Il faut envisager l’entéropathie exsudative chez les patients qui présentent
une hypoprotéinémie et chez lesquels on a rejeté les autres causes
d’hypoprotéinémie (p. ex. la protéinurie, la malnutrition protéique
et les hépatopathies). La déperdition des protéines fécales peut être
quantifiée à l’aide d’albumine marquée au 51Cr ou par la
clairance de l’a1-antitrypsine
dans les selles.
Le traitement de l’entéropathie exsudative consiste à traiter les
maladies responsables de la perte protéique. On a parfois recours à
l’alimentation entérale ou parentérale pour améliorer l’état
nutritionnel du patient pendant le traitement de la maladie sous-jacente.
La déperdition des protéines entériques chez les patients qui présentent
une lymphangiectasie intestinale diminue en général avec un régime
alimentaire pauvre en graisses. L’absorption normale des triglycérides
à chaîne longue stimule le débit lymphatique intestinal; en leur
absence, il se produit un abaissement de la pression dans les vaisseaux
lymphatiques, donc une diminution de la perte de lymphe dans la lumière.
Les triglycérides à chaîne moyenne, qui n’ont pas besoin de faire
appel au transport lymphatique intestinal, peuvent remplacer les triglycérides
à chaîne longue et ainsi abaisser davantage la pression lymphatique
intestinale et diminuer la perte de la lymphe entérique et la déperdition
protéique.
  
|