
 
| 17. SYNDROME DE
PROLIFÉRATION BACTÉRIENNE |
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Le syndrome de prolifération bactérienne
peut être associé avec toutes les maladies qui perturbent le maintien
normal (écosystème) de la flore de l’intestin grêle. La suppression
de l’acidité gastrique, l’altération de la motilité de l’intestin
grêle ou toutes lésions prédisposant à la stase gastro-intestinale
ainsi que la perte de la fonction de la valvule iléo-caecale favorisent
une contamination massive de la lumière intestinale (tableau
16).
TABLEAU 16. Causes du syndrome de prolifération
bactérienne
Détérioration des mécanismes normaux
de défense
Achlorhydrie
Stase :
Anatomique (maladie de Crohn, diverticules, lymphome, rétrécissements)
Fonctionnelle (sclérodermie, neuropathie diabétique du système nerveux
autonome, pseudo-obstruction)
Perte de la valvule iléo-caecale
Contamination
À la suite d’une infection
Fistules entéro-entériques, fistules gastro-coliques
Le syndrome de prolifération bactérienne
produit des anomalies cliniques provenant des effets physiopathologiques
sur le contenu luminal et la muqueuse. Les bactéries consomment des protéines
et des glucides. On peut aussi observer une perturbation du transport des
sucres, peut-être liée à l’effet toxique des acides biliaires scindés.
La stéatorrhée est causée par la séparation et la déshydroxylation
des sels biliaires; l’acide lithocholique est précipité et les acides
biliaires libres sont réabsorbés passivement, ce qui les rend non
disponibles et incapables de réaliser la solubilisation micellaire. Il
peut également y avoir des lésions de la muqueuse. Il s’ensuit une
malabsorption des graisses, du cholestérol et des vitamines liposolubles.
La vitamine B12 est aussi mal absorbée, en raison de la
fixation et de l’incorporation de la vitamine dans les bactéries.
Cependant, le déficit en folates est plutôt rare en cas de prolifération
bactérienne; contrairement à ce qui se produit avec la vitamine B12
, les folates synthétisés par les microorganismes dans l’intestin grêle
sont biodisponibles pour l’hôte; chez les patients qui présentent une
prolifération bactérienne de l’intestin grêle, les taux sériques en
folates tendent en fait à être élevés plutôt que bas. Les bactéries
intestinales produisent également de la vitamine K, et les patients qui
présentent une prolifération bactérienne et sont traités avec
l’anticoagulant warfarine peuvent avoir des difficultés à maintenir le
degré désiré d’anticoagulation. En plus de la stéatorrhée, les
patients aux prises avec une prolifération bactérienne se plaignent
souvent de diarrhée aqueuse. Les mécanismes responsables de ce type de
diarrhée comprennent 1) la perturbation du milieu intraluminal avec des
acides biliaires déconjugués, des acides gras hydroxylés et des acides
organiques, et 2) les changements directs de la motilité intestinale.
Chez certains patients, les symptômes de
la maladie primitive prédominent et la preuve de la contamination bactérienne
ne peut être faite que par les analyses. Chez d’autres, la maladie
primitive est asymptomatique et le patient présente un syndrome classique
de malabsorption causé par la prolifération bactérienne (tableau
17). Si l’on soupçonne une prolifération bactérienne, il
faudra procéder à une anamnèse détaillée pour en déterminer les
causes possibles. L’examen physique peut être normal, ou il peut révéler
des signes de carences en nutriments spécifiques.
TABLEAU 17. Diagnostic du syndrome de
prolifération bactérienne de l’intestin grêle
Culture de prélèvements au niveau du jéjunum
Épreuves d’évaluation de la déconjugaison
des sels biliaires
Épreuves respiratoires au 14C-glycocholate
Évaluation de la déconjugaison in vitro
Épreuves d’évaluation de la
malabsorption
Vitamine B12 (test de Schilling)
D-xylose, glucose, lactulose
Tests respiratoires de l’H2
Une biopsie de l’intestin grêle est
utile pour éliminer une maladie primitive de la muqueuse comme cause de
la malabsorption. En général, on n’observe pas d’anomalies
histologiques de la muqueuse jéjunale dans les cas de prolifération bactérienne.
Pour confirmer la prolifération bactérienne, il faut absolument procéder
au prélèvement par aspiration d’un échantillon de la partie proximale
de l’intestin grêle et à des cultures. Les prélèvements doivent être
obtenus en conditions d’anaérobiose et on déterminera par la suite le
nombre de colonies. En général, des concentrations de bactéries supérieures
à 105 /mL suggèrent fortement une prolifération bactérienne.
Ces méthodes sont ardues et ne sont habituellement employées que dans un
cadre de recherche. On peut aussi tenter de démontrer l’effet métabolique
de la prolifération bactérienne, comme la déconjugaison intraluminale
des acides biliaires par le test respiratoire sur les acides biliaires au 14C-glycocholate.
Cette substance (acide cholique conjugué à la glycine marquée au 14C),
lorsqu’elle est ingérée, circule normalement dans la circulation entéro-hépatique
sans être scindée. La prolifération bactérienne dans l’intestin grêle
sépare le fragment glycine marqué au 14C. La glycine est
ensuite oxydée en 14C-CO2 , lequel est absorbé
dans l’intestin puis exhalé. L’excès de 14CO2
se retrouve dans l’air expiré. Ce test ne permet pas de distinguer la
prolifération bactérienne d’une lésion ou d’une résection de
l’iléon, étant donné que l’expiration excessive de 14CO2
est causée par la déconjugaison bactérienne dans le côlon du
glycocholate marqué au 14C non absorbé. Ce manque de précision
crée certains problèmes cliniques, puisqu’une prolifération bactérienne
peut se superposer aux lésions de l’iléon dans des maladies comme la
maladie de Crohn.
La mesure de l’hydrogène dans l’air
expiré permet de mettre en évidence l’activité métabolique de la
flore intestinale de l’hôte, étant donné qu’il n’y a pas de
production d’hydrogène dans les tissus des mammifères. Chez les
patients qui présentent une prolifération bactérienne, on peut relever
une production excessive et rapide d’hydrogène dans les épreuves
respiratoires, à la suite de l’administration de 50 g de glucose ou de
10 g de lactulose.
Un autre signe cardinal de la prolifération
bactérienne est la stéatorrhée décelée par le dosage des graisses
dans les selles émises pendant 72 heures.
Le test de Schilling peut aussi être anormal en cas de prolifération
bactérienne. De la vitamine B12 marquée au 57 Co est
administrée avec le facteur intrinsèque après l’administration
d’une dose de saturation de vitamine B12 non radio-active
administrée par voie parentérale pour empêcher l’accumulation dans
les tissus de la vitamine B12 marquée. Chez les personnes en
bonne santé, la vitamine B12 marquée au 57 Co se combine avec
le facteur intrinsèque et est absorbée, et plus de 8 % de la dose se
retrouve dans l’urine en moins de 24 heures. Chez les patients qui présentent
une prolifération bactérienne, les bactéries se combinent avec le
facteur intrinsèque ou avec la vitamine, ou encore avec les deux, ou
elles les détruisent, ce qui diminue l’absorption de la vitamine B12
. L’antibiothérapie permet de ramener à la normale l’absorption de
la vitamine B12 . Pour traiter la prolifération bactérienne,
il faut, dans la mesure du possible, en éliminer la cause. L’addition
d’un antibiotique à large spectre (tétracycline, à raison de 250 mg 4
f.p.j., souvent en concomitance avec le métronidazole, à raison de 250
mg 4 f.p.j., pendant 10 jours) permet souvent d’obtenir une rémission
pendant de nombreux mois. Si la cause ne peut être supprimée et que réapparaissent
les symptômes, l’administration intermittente d’antibiotiques (p. ex.
un jour par semaine ou une semaine sur six) permettra d’obtenir de bons
résultats.
  
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