
 
| 16. FLORE NORMALE DE
L'INTESTIN GRÊLE |
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La concentration et la population des
microorganismes de la flore intestinale normale varient tout le long du
tube digestif. La flore de l’estomac, du duodénum, du jéjunum et de
l’iléon proximal est plutôt clairsemée, en général inférieure à
105 /mL. L’iléon distal marque une zone de transition entre
la flore clairsemée de l’intestin grêle proximal et la flore
luxuriante de l’intestin distal où les concentrations de
microorganismes atteignent 1011 /mL. Les espèces prédominantes
sont des anaérobies stricts, notamment Bacteroides, des
streptocoques anaérobies, Bifidobacterium et Clostridium.
Les microorganismes aérobies les plus courants sont E. coli, mais
leur concentration (108 /mL) ne représente que 1/1000 de la
concentration usuelle des anaérobies dans le côlon.
En temps normal, la flore bactérienne se
trouve dans la lumière intestinale et dans la couche de mucus qui tapisse
l’épithélium; elle est aussi fixée aux cellules muqueuses elles-mêmes.
Chaque espèce microbienne se fixe sur un type spécifique de cellule ou
de tissu. Par exemple, Streptococcus mutans, microorganisme présent
dans la bouche et responsable de la carie dentaire, ne se fixe qu’à
l’émail des dents; si l’on arrache les dents, Streptococcus mutans
disparaît de la flore buccale. Ce phénomène de fixation sélective
pourrait jouer un rôle important dans l’établissement et le maintien
de la flore normale.
Quels sont les mécanismes de contrôle de la flore normale de
l’intestin grêle? Premièrement, dans l’estomac, l’acide empêche
la croissance de la majorité des microorganismes qui pénètrent par
l’oropharynx. La bile au niveau du duodénum a d’autres propriétés
antibactériennes. Deuxièmement, la motilité de l’intestin grêle a
aussi comme effet mécanique de balayer les bactéries et contribue à
maintenir les microorganismes à des concentrations faibles dans la partie
proximale de l’intestin. Troisièmement, la valvule iléocaecale joue un
rôle important en empêchant le reflux de grandes quantités de
microorganismes en provenance du côlon. Enfin, le mucus sécrété par
les cellules caliciformes et les immunoglobulines exercent une action
antibactérienne.
Alors que l’intestin grêle détermine
son nombre de microorganismes, dans le côlon, ce sont les microorganismes
qui déterminent eux-mêmes leur concentration. Les acides gras volatils
(p. ex. les acides acétique, butyrique et propionique) sont produits par
les anaérobies et aussi par certains coliformes. Ces acides gras à chaîne
courte diminuent le pH intraluminal et empêchent la croissance de
certains microorganismes, ce qui permet d’en maîtriser la prolifération.
De plus, certains microorganismes produisent d’autres substances, appelées
bactériocines, pour inhiber la croissance bactérienne.
Nous venons de voir les microorganismes en
cause, l’endroit où ils se trouvent et la manière dont leur nombre est
contrôlé. Nous allons maintenant examiner l’impact considérable de la
flore normale sur les composants intraluminaux, comme les aliments, l’urée,
la bilirubine, les sels biliaires, les médicaments et les toxines
potentielles. Les glucides alimentaires sont fermentés par les bactéries,
ce qui donne naissance à des acides gras à chaîne courte, à de
l’hydrogène et à du gaz carbonique. Les acides gras des glucides et
ceux des graisses alimentaires sont hydroxylés par la flore intestinale.
Ces acides gras hydroxylés stimulent la sécrétion de liquide et sont
donc laxatifs.
De la même façon, les bactéries
modifient les protéines et les acides aminés. Le tryptophane est
transformé en composés indoles, la glycine, en ammoniaque, et la méthionine,
en hydrogène sulfuré. L’urée est transformée en ammoniaque, réaction
qui intervient dans l’encéphalopathie hépatique. La bilirubine est métabolisée
en urobilinogène; les sels biliaires peuvent être scindés en enlevant
la glycine et la taurine, et subir une déshydroxylation, l’acide
cholique étant transformé en acide désoxycholique et l’acide chénodésoxycholique,
en acide lithocholique. Cette action de séparation et de déshydroxylation
rend les acides biliaires plus insolubles et moins capadles de former des
micelles. Les bactéries peuvent aussi modifier la synthèse et le métabolisme
des vitamines. La vitamine B12 peut être liée et ainsi ne
plus être absorbable (d’où un test de Schilling anormal en cas de
prolifération bactérienne), alors qu’il peut y avoir production de
vitamine K et d’acide folique.
La flore normale a aussi des effets sur les
médicaments et les autres substances ingérées. La salazosulfapyridine,
médicament utilisé dans la rectocolite hémorragique, n’est pas absorbée
sous sa forme originelle. Les bactéries intestinales scindent la
substance en deux fragments, l’acide aminosalicylique (produit actif) et
la sulfapyridine (produit inactif). Le sulfamide succinylsulfathiazol est
inactif, mais sous l’action de bactéries intestinales il est transformé
en sulfathiazol, un antimicrobien actif. Le cyclamate constitue un autre
exemple; il est inerte et non absorbé sous sa forme originelle. La flore
intestinale produit de la cyclohexylamine, substance potentiellement
carcinogène. Par contre, les bactéries peuvent activer les promédicaments
et produire des substances carcinogènes.
  
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