
 
11.1 Pathogenèse |
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265 |
Les quatre mécanismes étiologiques de la
diarrhée chronique sont la diarrhée osmotique, la diarrhée sécrétoire,
la diarrhée exsudative et l’altération du transit intestinal (tableau
11). Si la diarrhée cesse lorsque le patient jeûne ou
s’il se produit un trou osmotique important dans l’eau des selles, il
faut envisager la possibilité d’une diarrhée d’origine osmotique.
Elle peut survenir, par exemple, à la suite de l’ingestion de lait chez
des sujets présentant un déficit en lactase, après la prise de médicaments
comme des laxatifs ou des antiacides, ou encore à la suite de la
consommation excessive de succédanés de sucre qui renferment des alcools
polycycliques, tels le sorbitol et le mannitol.
Si la diarrhée persiste même si le patient jeûne, par exemple si le
patient est réveillé la nuit par une diarrhée, il s’agit plutôt
d’une diarrhée sécrétoire.
TABLEAU
11. Mécanismes physiopathologiques de la diarrhée chronique
|
| Trouble
principal |
Mécanismes
probables |
Exemples /
Maladies associées |
|
| Osmotique* |
Ingestion |
Antiacides,
laxatifs |
|
Maldigestion |
Insuffisance
pancréatique, déficit en disaccharidases |
|
Malabsorption |
Malabsorption
des glucides, diarrhée chlorée congénitale |
| Transit
intestinal anormal |
Transit lent
(syndrome de l’anse borgne) – durée de contact excessive |
Fistules, rétrécissements
semblables à ceux de la maladie de Crohn, neuropathie diabétique |
|
Transit rapide
– durée de contact insuffisante |
Résection
intestinale, hyperthyroïdie, côlon irritable |
| Sécrétoire** |
Entérotoxines
bactériennes |
Vibrio
cholerae, E. coli entérotoxinogène |
|
Sécrétagogues |
Acides
biliaires, acides gras, éthanol, prostaglandines, phénolphtaléine,
sulfosuccinate de dioctyl sodium, VIP, gastrine, calcitonine |
| Exsudatif |
Passage accru
des liquides dans la lumière |
Colite ulcéreuse,
maladie de Crohn |
|
| *
Voir le tableau
12.
** Voir le tableau
13. |
Elle est en général attribuable à
l’infection ou à l’inflammation associée avec des bactéries toxigènes
invasives. La diarrhée sécrétoire peut aussi être causée par
l’arrivée d’une quantité excessive d’acides biliaires dans le côlon
(entéropathie cholérétique) ou par l’effet laxatif des acides gras
hydroxylés produits par l’action de la flore bactérienne intestinale
sur les graisses mal absorbées. Il est très rare que la diarrhée sécrétoire
soit due à un sécrétagogue intestinal produit par une tumeur (p. ex. le
VIP [VIP = vaso-active intestinal peptide ou peptide intestinal
vasoactif] ou la gastrine sécrétés par une tumeur des ilôts pancréatiques).
La diarrhée exsudative est causée par une détérioration de la
muqueuse de l’intestin grêle ou du côlon, qui gêne l’absorption du
sel et de l’eau, et elle peut s’accompagner de l’exsudation de protéines
sériques, de sang, de mucus et de cellules nécrosées. Cette diarrhée
survient dans les atteintes infectieuses, inflammatoires et néoplasiques.
Enfin, la diarrhée peut être secondaire à des troubles de la motilité
intestinale causés par l’hyperthyroïdie (par accélération du
transit) ou la neuropathie diabétique. La sclérodermie entraîne une
prolifération bactérienne et la stéatorrhée. Le mécanisme de cette
diarrhée dans ces états particuliers relève en fait d’une combinaison
de facteurs pouvant inclure une prolifération bactérienne, une déperdition
des sels biliaires ou des troubles de motilité (ralentissement ou accélération
du transit intestinal).
11.1.1 DIARRHÉE OSMOTIQUE
La rétention des molécules des substances
dissoutes dans la lumière intestinale génère des forces osmotiques qui
retardent l’absorption normale de l’eau (tableau
12). On peut citer comme exemples pratiques les glucides ou
les ions bivalents mal absorbés, dont le phosphate, le sulfate et le magnésium,
qui sont les composés laxatifs de plusieurs antiacides courants et des
purgatifs salins. Comme les « pores » par lesquels les ions sont absorbés
sont très fortement chargés, ces ions polyvalents tendent à être
absorbés lentement. Ils s’accumulent donc dans la lumière intestinale,
augmentent l’osmolalité et retardent ainsi l’absorption normale de
l’eau, ou peuvent même extraire l’eau de la circulation pour
l’amener dans la lumière intestinale.
TABLEAU 12. Causes de la diarrhée
osmotique
Glucides
Carence en disaccharidases spécifiques
Malabsorption du glucose-galactose
Malabsorption du fructose
Ingestion de mannitol, de sorbitol (diarrhée « de la gomme à mâcher »)
Traitement au lactulose
Ions bivalents
Sulfate de magnésium (sels d’Epsom)
Sulfate de sodium
Phosphate de sodium
Citrate de sodium
Antiacides renfermant du magnésium
Les glucides forment l’autre groupe
principal d’agents osmotiques; certains sont généralement mal absorbés.
Ainsi, le lactulose a été mis au point comme laxatif sous forme de
disaccharide qui ne peut être hydrolysé ni absorbé. L’action du
lactulose imite les effets d’un déficit primaire en lactase, état
qui se développe habituellement après le sevrage laitier pour la majorité
des Canadiens d’ascendance africaine, antillaise ou asiatique, ainsi que
pour 30 % des personnes d’ascendance sud-européenne. Le lactose non
absorbé agit en retenant l’eau dans l’intestin grêle. En fait, toute
maladie qui perturbe l’absorption des glucides provoque une diarrhée
osmotique (p. ex. une maladie pancréatique qui gêne la digestion
intraluminale ou une maladie de l’intestin grêle qui entraîne une
carence primaire ou secondaire en disaccharidases). Comme les glucides ne
sont pas inertes dans le côlon, leur métabolisme contribue à augmenter
les forces osmotiques. Une fois que les glucides ont atteint la flore
intestinale, il se produit une fermentation anaérobie (figure 12).
Les produits intermédiaires de cette fermentation sont l’éthanol et
les acides lactique, formique et succinique. Ces produits sont par la
suite dégradés à divers degrés. Les gaz CO2 et H2
sont rapidement absorbés et le CO2 augmente dans l’air expiré.
(Le H2 expiré est le principe sur lequel se fonde le test
respiratoire de l’hydrogène décrit précédemment.) Une production
excessive de gaz cause des borborygmes et des flatulences riches en H2
. Des acides gras à chaîne courte (AGCC) sont aussi produits (acides acétique,
propionique et butyrique); ils sont responsables de l’acidification des
selles observée dans la diarrhée causée par une malabsorption des
glucides. La perte calorique due à la malabsorption des glucides est atténuée
dans la mesure où les acides gras à chaîne courte sont absorbés dans
le côlon (où ils peuvent servir de nutriments aux colonocytes), ce qui
permet de récupérer certains glucides mal absorbés qui pénètrent dans
le côlon.
Voici les conséquences de la malabsorption.
Avec une altération mineure de l’absorption des sucres, la fermentation
dans le côlon est complète et seulement de petites quantités de
glucides en excès sont présentes dans l’eau des selles. Le volume et
le pH des selles ne changent pas suffisamment au début, et jusqu’aux
trois quarts de l’énergie du glucose est récupérée par l’organisme
sous la forme d’acides gras à chaîne courte (« récupération par le
côlon »). À mesure que la malabsorption des glucides augmente, un plus
grand nombre d’acides gras à chaîne courte sont formés et peuvent être
réabsorbés, d’où une diarrhée attribuable à la présence d’acides
gras à chaîne courte actifs sur le plan osmotique. Le pH des selles
commence donc à baisser, ce qui provoque une diminution de l’effet de récupération
dans le côlon.
Sur le plan clinique, une diarrhée
osmotique disparaît si le patient arrête de consommer la substance
dissoute mal absorbée. L’analyse des selles ne doit révéler ni
graisses, ni globules rouges, ni globules blancs. Il faut un trou
osmotique positif, c’est-à-dire que l’osmolalité des selles, moins
le Na+ des selles, plus le K+ des selles multiplié
par 2 (multiplié par 2 pour tenir compte des anions) doit être supérieure
à 50, l’importance du trou osmotique étant à peu près équivalente
à la concentration des substances dissoutes mal absorbées dans l’eau fécale.
11.1.2 TRANSIT INTESTINAL ET DIARRHÉE
Le rythme électrique de base de
l’intestin grêle modifie l’excitabilité des cellules musculaires. Le
profil de la motilité de l’intestin grêle consiste en trois types
essentiels d’activité : 1) complexes migrants moteurs (CMM), salves périodiques
d’activité contractile qui durent au moins cinq minutes, séparées par
des périodes de repos, et qui semblent se propager lentement dans
l’intestin grêle à une vitesse inférieure à 5 cm/min; 2) rythme
minuscule composé de groupes réguliers de 3 à 10 contractions qui se
manifestent à des intervalles de une à deux minutes, séparés par des périodes
de repos, et qui descendent rapidement dans l’intestin grêle à une
vitesse de 60 à 120 cm/min; 3) complexe de potentiel d’action migrant,
constitué d’une seule contraction annulaire ou d’un seul potentiel de
pointe qui se propage dans l’intestin à une vitesse dépassant 90
cm/min.
Toutes ces formes de motilité de
l’intestin grêle déterminent la vitesse de déplacement des matières
dans l’intestin, donc l’acheminement des matières fécales vers
l’anus. La motricité gastro-intestinale détermine aussi le temps de
transit, donc la durée de contact entre le contenu intestinal, les
enzymes digestives et l’épithélium absorbant. Une accélération du
transit intestinal provoque la diarrhée en limitant la digestion et
l’absorption.
La compréhension de la diarrhée liée à
la motilité intestinale reste limitée. L’homme ne dispose que de
mesures rudimentaires pour évaluer l’activité myo-électrique de
l’intestin grêle. Les seuls moyens d’évaluation clinique pour
mesurer le temps de transit oral-anal sont les marqueurs radio-isotopiques,
les morceaux de tube radio-opaques ou les marqueurs glucidiques non
absorbables. L’évaluation de la motilité de l’intestin grêle,
contrairement à la motilité de l’oesophage, demeure encore à l’état
de recherche.
La valvule iléo-caecale joue un rôle important dans le fonctionnement
des intestins. Le sphincter iléo-caecal s’étend sur 4 cm à la
jonction de l’intestin grêle distal et du caecum et produit une zone de
haute pression d’environ 20 mm Hg. La distension de l’iléon entraîne
une diminution de la pression au sphincter iléo-caecal, tandis que la
distension du côlon entraîne une augmentation de la pression dans cette
région. La valvule iléo-caecale ralentit le transit intestinal et prévient
le « reflux » du côlon. Par ce mécanisme, la valvule iléo-caecale
joue un rôle important dans la régulation du transit intestinal.
L’ablation chirurgicale de la valvule iléo-caecale se traduira par un
syndrome d’urgences intestinales et par le risque de prolifération bactérienne
en raison du « reflux » fécal. Les troubles qui diminuent le péristaltisme
peuvent favoriser la prolifération bactérienne dans l’intestin grêle
et ainsi causer de la diarrhée. Enfin, une vidange prématurée du côlon,
à cause de son contenu anormal ou de son « irritabilité »
(inflammation) intrinsèque, entraîne une diminution du contact entre la
muqueuse et le contenu intraluminal et, par conséquent, une augmentation
de la fréquence et de la fluidité des selles.
11.1.3 DIARRHÉE SÉCRÉTOIRE
En temps normal, l’intestin grêle sécrète
et absorbe les liquides et les électrolytes. La vitesse de sécrétion étant
plus lente que la vitesse d’absorption, l’effet net des processus de
transport dans l’intestin grêle se traduit par une absorption des
liquides. Il s’agit là d’un concept fondamental, lequel signifie
qu’un facteur physiopathologique peut réduire la vitesse d’absorption
d’une des deux façons suivantes : en stimulant la sécrétion ou en
inhibant l’absorption. Ces deux mécanismes peuvent causer, ensemble ou
séparément, une diarrhée sécrétoire sur le plan clinique, et il est
souvent difficile, voire impossible, de déterminer quel est le mécanisme
prédominant. À des fins cliniques, il semble préférable de considérer
ensemble l’inhibition de l’absorption des ions et la stimulation de
leur sécrétion.
Le prototype de la diarrhée sécrétoire
est la diarrhée causée par le Vibrio cholerae; sa description
clinique a tout d’abord suscité de l’intérêt au point de vue de la
sécrétion comme un mécanisme en cause de la diarrhée (tableau
13).
TABLEAU 13. Causes de la diarrhée sécrétoire
Mécanismes physiopathologiques
Entérotoxines
Sécrétagogues circulants (VIP, calcitonine, prostaglandines, sérotonine)
Augmentation de la pression hydrostatique et tissulaire
Hypersécrétion gastrique (syndrome de Zollinger-Ellison)
Hypersécrétion pancréatique
Laxatifs (acide ricinoléique, bisacodyl, phénolphtaléine, oxyphénisatine,
sulfosuccinate de dioctyl sodium, aloès, séné, dantrone)
Sels biliaires
Acides gras
Syndromes cliniques
Diarrhée sécrétoire aiguë
Diarrhée sécrétoire chronique
Ingestion de laxatifs de manière clandestine
Syndrome du choléra pancréatique (VIP)
Cancer médullaire de la thyroïde (calcitonine)
Ganglioneurome, ganglioneuroblastome, neurofibrome
Syndrome de Zollinger-Ellison (gastrine)
Syndrome carcinoïde malin (sérotonine)
Diarrhée sécrétoire idiopathique
Diarrhée chlorée congénitale (certains cas)
Adénome villeux sécrétoire
Atrophie complète des villosités de la muqueuse de l’intestin grêle
Carence en niacine
Lymphome intestinal
Divers
Obstruction intestinale
Distension intestinale, iléus
Les sécrétagogues bactériens peuvent se
classer en deux grandes catégories. La première regroupe les grosses
protéines thermolabiles (PM 84 000) dont l’entérotoxine du choléra
est le prototype. Ces toxines semblent stimuler la sécrétion en activant
l’adénylcyclase de la muqueuse, ce qui a pour conséquence
d’augmenter les concentrations d’AMP cyclique dans la muqueuse. Le «
messager » intracellulaire de la sécrétion est moins bien défini;
l’AMP cyclique serait important, mais il existe d’autres étapes qui
pourraient mettre en jeu les taux intracellulaires de Ca++ et
la protéine régulatrice du calcium, la calmoduline. La seconde catégorie
de sécrétagogues comprend les protéines de plus petite taille qui sont
thermostables. La mieux connue est la toxine thermostable (TS) d’E.
coli qui serait capable de stimuler la sécrétion en activant la
guanylate-cyclase de la muqueuse, produisant ainsi une augmentation des
taux de GMP cyclique dans la muqueuse.
Les toxines bactériennes ne sont cependant
qu’une partie du processus. La sécrétion est aussi stimulée dans des
conditions expérimentales par les hormones, les peptides à action locale
(hormones paracrines), les facteurs luminaux (p. ex. les acides gras et
les acides biliaires dihydroxylés), les neurotransmetteurs, les
prostaglandines et les facteurs physiques (p. ex. la distension). Les
acides biliaires et les acides gras non absorbés dans l’intestin grêle
incitent le côlon à sécréter des électrolytes et de l’eau. Il reste
toutefois à élucider le ou les mécanismes précis de cette stimulation.
Les acides biliaires et les acides gras ont des effets multiples sur
l’intestin, dont la stimulation de la sécrétion, l’augmentation de
la perméabilité intestinale et des modifications morphologiques passagères.
Un ou plusieurs stimuli hormonaux peuvent
amener l’intestin grêle à sécréter de l’eau et des électrolytes
en grande quantité. En général, le côlon n’est pas directement touché,
mais il peut être incapable d’absorber la quantité excessive d’eau
qu’il reçoit. La question clé, mais à laquelle il est difficile de répondre,
est la suivante : « Quelle est l’hormone responsable? » On peut soupçonner
divers sécrétagogues : le VIP (peptide intestinal vasoactif) dans le
syndrome du choléra pancréatique, la calcitonine dans le cancer médullaire
de la thyroïde, la gastrine dans le syndrome de Zollinger-Ellison, la sérotonine
dans le syndrome carcinoïde malin, le glucagon dans le glucagonome. Les
prostaglandines sont aussi de puissants stimulants de la sécrétion
intestinale. La diarrhée secondaire à la sécrétion intestinale stimulée
par les prostaglandines est un effet indésirable courant.
La distension intestinale secondaire à une
obstruction ou à un iléus produit aussi un état sécrétoire local en
amont de l’obstruction. Ce mécanisme n’est pas entièrement élucidé,
mais il pourrait être lié à des changements de perméabilité (étant
donné que les jonctions intracellulaires étanches ont été étirées et
brisées) ainsi qu’à une stimulation directe, peut-être neutre, des mécanismes
sécrétoires.
Quatre caractéristiques permettent de
reconnaître sur le plan clinique la diarrhée sécrétoire : 1) les
selles sont aqueuses et leur volume est important, souvent supérieur à 1
L/jour; 2) la diarrhée persiste durant le jeûne; 3) le trou osmolaire
des selles est inférieure à 50 mOsm/L; 4) les selles ne contiennent pas
de quantités excessives de graisses, de sang ou de pus, mais les patients
en viennent souvent à présenter une déplétion hydrique, sodique et
potassique.
Le traitement consiste à supprimer l’agent causal. Divers agents
empiriques qui influent sur le processus sécrétoire (p. ex. la
somatostatine, les inhibiteurs des prostaglandines, les phénothiazines,
les antagonistes du calcium, les agonistes des récepteurs a2
-adrénergiques et le lithium) peuvent être efficaces, mais leur
utilisation doit être réservée aux centres de recherche. La réhydratation
à l’aide d’une solution glucosée et saline administrée par voie
orale est utile pour maintenir l’hydratation. Pour la diarrhée causée
par les acides biliaires, la cholestyramine donne de bons résultats, à
moins que le patient n’ait subi une résection de l’iléum de plus de
100 cm.
11.1.4 DIARRHÉE EXSUDATIVE
L’exsudation est un concept nettement
plus simple. La rupture de la structure de la paroi intestinale par une
inflammation, des ulcérations diffuses, des infiltrations et des tumeurs
fait augmenter les débris cellulaires, le mucus, les protéines sériques
et le sang dans la lumière. Les effets sur le volume des selles sont plus
prononcés si les lésions touchent le côlon, étant donné que les mécanismes
normaux d’absorption des liquides et des électrolytes ne parviennent
pas à compenser l’augmentation de volume du chyme.
11.1.5 DIARRHÉE AUTOENTRETENUE
Il faut toujours envisager la possibilité
que la diarrhée soit autoentretenue chez un patient qui se plaint de
diarrhée chronique et en présence de résultats négatifs aux épreuves
de routine. En général, l’abus de laxatifs, de diurétiques et parfois
d’hormones thyroïdiennes provoque la diarrhée. Il arrive souvent que
la diarrhée soit suffisamment grave pour causer des déséquilibres électrolytiques
ou acido-basiques et de la déshydratation. Le diagnostic peut être extrêmement
difficile à poser, étant donné que l’anamnèse mène souvent à de
fausses pistes ou qu’elle ne peut être obtenue. Les examens habituels
(y compris la sigmoïdoscopie et les radiographies) seront en général négatifs
à moins que le patient ne prenne un médicament qui cause une mélanose
colique (muqueuse pigmentée brune), tel que les laxatifs d’anthracène
à base de séné ou d’aloès. L’analyse des selles pour la recherche
de Mg++ ou de séné ajoutée à une simple alcalinisation des
selles pour la mise en évidence de la couleur rose de la phénolphtaléine
peut révéler l’agent responsable. La recherche de laxatifs et
d’autres médicaments dans la chambre du patient est parfois la seule
manière de mettre le doigt sur le problème et de poser le diagnostic,
bien que cette façon de procéder soit critiquée pour des raisons d’éthique.
On doit donc prendre en considération les problèmes éthiques et le
respect de l’intimité du patient avant d’entreprendre une fouille de
la chambre ou des placards.
| 11.2 Examen
du patient souffrant de diarrhée chronique |
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272 |
Chez le patient souffrant de diarrhée
chronique, une anamnèse et un examen physique minutieux peuvent aider à
localiser la partie responsable dans l’intestin (tableau
14); cela peut éviter de se lancer dans des examens
empiriques coûteux et inutiles. La figure 15 présente une approche
diagnostique possible.
TABLEAU 14. Classification anatomique de la
diarrhée chronique
Estomac
Abus d’antiacides*
Hypergastrinémie, syndrome de Zollinger-Ellison
Maladie coeliaque manifeste postopératoire, carence en lactase ou
insuffisance pancréatique
Syndrome de chasse postopératoire*
Intestin grêle
Maladie de Crohn*
Maladie coeliaque*
Lymphome
Maladie de Whipple
Infections bactériennes, virales et parasitaires*
Altération de l’intégrité de l’intestin : sclérodermie, amylose,
diabète
Côlon
Néoplasie du côlon*
Syndrome du côlon irritable*
Maladies inflammatoires de l’intestin : colite ulcéreuse, maladie de
Crohn*
Médicaments
Antiacides*
Antibiotiques*
Alcool*
Antimétabolites
Laxatifs
Dérivés digitaliques
Colchicine
Causes métaboliques
Hyperthyroïdie
Hypoparathyroïdie
Maladie d’Addison
Diabète*
Syndrome carcinoïde
Vipome
* Cause fréquente.
  
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