
 
| 5.TRAITEMENT DIÉTÉTIQUE
DE LA MALADIE GASTRO-INTESTINALE |
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5.1 Principes généraux |
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Certains régimes alimentaires se révèlent
utiles pour le traitement de divers troubles gastro-intestinaux. Ils
peuvent inclure la restriction de certains aliments ou l’administration
d’un supplément, ou, comme autre solution, une modification de la
consistance ou de la concentration de nutriments particuliers. Chez les
patients atteints de stéatorrhée, par exemple, la présence d’acides
gras dans la lumière intestinale contribue à la pathogenèse de la
diarrhée. Une réduction de l’apport alimentaire en triglycérides peut
diminuer partiellement la diarrhée chez ces patients; un régime
alimentaire à faible teneur en lipides peut se révéler bénéfique.
Dans certains cas de stéatorrhée, l’administration d’un supplément
de triglycérides à chaîne moyenne peut être utile puisque ceux-ci sont
hydrolysés plus rapidement par les enzymes pancréatiques, leur
absorption ne nécessitant pas de micelles d’acides biliaires, et ils
sont dirigés principalement vers la circulation porte plutôt que
lymphatique. Puisque les triglycérides à chaîne moyenne subissent une v-oxydation
qui les transforme en acides dicarboxyliques non métabolisables, la
teneur calorique efficace des triglycérides à chaîne moyenne est
moindre que prévu. Les triglycérides à chaîne moyenne administrés à
raison de 60 mL par jour fournissent approximativement 460 calories. On
peut procéder à l’administration de suppléments nutritifs à faible
teneur lipidique; à cette fin, on trouve sur le marché un certain nombre
de préparations de suppléments nutritionnels complets (Criticare ®
HN, Tolerex ® ). En cas de stéatorrhée, on peut remplacer
les vitamines liposolubles par des préparations orales miscibles à
l’eau. En ce qui concerne la vitamine K, il existe sur le marché une
forme hydrosoluble. L’absorption des vitamines liposolubles nécessite
des micelles d’acides biliaires; ainsi, lorsque la stéatorrhée est due
à une déplétion en acides biliaires, comme on peut l’observer dans le
syndrome de l’intestin court secondaire à une résection étendue pour
maladie de Crohn, une augmentation de l’apport vitaminique devient nécessaire.
L’ingestion d’aliments renfermant du
lactose peut entraîner un ballonnement et des crampes, probablement
imputables à une carence en lactase (p. ex. maladie de l’intestin grêle,
carence « ethnique » en lactase). La restriction du lactose alimentaire
peut être indiquée en présence d’antécédents d’intolérance au
lactose ou d’un test de tolérance au lactose positif (c.-à-d. hausse
de la glycémie inférieure à 20 mg/dL après la prise orale de 50 g de
lactose) qui s’accompagne de symptômes caractéristiques. Une autre épreuve
consiste à mesurer l’hydrogène expiré; une hausse de plus de 20 ppm
est compatible avec une intolérance au lactose. On trouve du lactose dans
le lait, y compris le babeurre, même s’il a été fermenté
naturellement. Il y a habituellement lieu d’éviter le yogourt
commercial puisque après la fermentation, on y ajoute souvent du lait ou
de la crème pour masquer le goût amer produit par la fermentation du
lactose. La crème glacée et les sorbets contiennent de fortes
concentrations de lactose et doivent être prescrits selon la tolérance.
Il faut également éviter les desserts à base de lait ou de chocolat au
lait, de même que les sauces ou les farces à base de lait, de crème ou
de fromage. Des suppléments de calcium seront peut-être nécessaires
s’il y a restriction des produits laitiers, en particulier chez la femme
ménopausée. Les patients qui accusent une intolérance au lactose
peuvent faire un usage de produits laitiers liquides en utilisant une préparation
enzymatique fabriquée à partir d’une levure (préparation de lactase
provenant de Kluyveromyces lactis) qui, ajoutée à du lait à 4 °C
(15 gouttes/L), peut hydrolyser jusqu’à 99 % du lactose en 24 heures.
Les produits laitiers non liquides ne peuvent être traités par des préparations
enzymatiques, mais les patients ont la possibilité de mâcher des comprimés
de lactase avant de consommer des aliments solides.
| 5.2 Maladie
coeliaque |
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La maladie coeliaque, connue également
sous le nom d’entéropathie au gluten ou de sprue coeliaque, est un
trouble de malabsorption qui résulte de l’ingestion de protéines
provenant de certaines céréales de la famille des graminées (Gramineae),
soit le blé, le seigle, l’orge et, probablement, l’avoine. On croit
que la fraction gliadine du gluten de blé, soluble dans l’alcool, ou
des protéines semblables (appelées prolamines) provenant d’autres
grains et solubles aussi dans l’alcool, sont à l’origine des lésions
intestinales. Par conséquent, une restriction absolue s’impose durant
la vie entière. Le tableau
6 fournit quelques directives diététiques pour les patients
atteints de la maladie coeliaque. Le gluten est cependant une substance
extrêmement répandue; on peut le trouver dans le café, le ketchup, les
trempettes, les préparations commerciales de repas surgelés, la crème
glacée, et même dans les capsules de médicaments! Bien que le blé, le
seigle, l’orge et probablement l’avoine jouent un rôle important dans
la maladie coeliaque, le maïs et le riz sont bien tolérés. Les données
sur les autres grains ne sont pas claires. Le sarrasin n’appartient pas
à la famille des graminées et est habituellement permis. Le millet et le
sorgho sont souvent autorisés, mais ils n’ont pas été évalués
rigoureusement. Il faut éviter le triticale, un hybride entre le blé et
le seigle. Le whisky de seigle, le whisky écossais et les autres alcools
de céréales peuvent être consommés puisque les eaux-de-vie distillées
ne contiennent pas de gluten. De même, le brandy et les vins de fruits ne
posent aucune difficulté. Les bières et les ales sont fabriquées à
partir d’orge; on ne sait pas clairement si elles peuvent activer la
maladie, et il vaut mieux s’en abstenir. Le malt d’orge doit être évité,
tout comme les protéines végétales hydrolysées utilisées pour
rehausser l’arôme des aliments transformés, puisqu’elles peuvent
provenir de protéines de soja, de blé ou d’autres céréales.
TABLEAU 6. Directives diététiques pour
les patients atteints de maladie coeliaque
Aliments à éviter
Blé, seigle, orge, produits de l’avoine
Triticale (hybride de blé et de seigle)
Millet et sorgho
Malt et protéines végétales hydrolisées
Aliments acceptables
Maïs, riz, produits du sarrasin
Vin et boissons alcooliques distillées
Fruits et légumes
Viande
Noix
Produits laitiers (sauf si intolérance au lactose)
En présence de la maladie coeliaque
symptomatique aussi bien qu’asymptomatique, on recommande un régime
sans gluten durant toute la vie. Des suppléments polyvitaminés sont
souvent requis et il faut corriger toute carence spécifique en vitamines,
en minéraux et en oligoéléments. L’administration de suppléments de
fer et de folates peut s’imposer et la malabsorption du fer oral peut
parfois commander son administration par voie parentérale. Des suppléments
de calcium et de vitamine D peuvent être utiles pour prévenir la
mobilisation du calcium osseux et, dans certains cas, un supplément de
magnésium peut s’avérer nécessaire.
| 5.3 Maladie
inflammatoire de l’intestin |
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Bien des patients atteints d’une maladie
inflammatoire de l’intestin, particulièrement la maladie de Crohn,
souffrent de malnutrition. Plus de 65 % des patients accusent une perte de
poids et jusqu’à 40 % des enfants ont un retard de croissance. Comme le
montre le tableau 7,
la malnutrition comporte de multiples causes, surtout quand l’intestin
grêle est atteint. L’objectif des manipulations diététiques est de
garantir un apport nutritif adéquat malgré les modifications requises
pour diminuer les symptômes. Bien qu’il n’existe qu’un nombre
restreint d’études, celles-ci suggèrent que les dépenses énergétiques
n’excèdent pas celles que l’on peut prévoir chez un sujet sain, à
moins que la maladie ne soit compliquée par de la fièvre ou un état
septique. Une augmentation de l’apport tant en calories qu’en différents
nutriments peut toutefois s’imposer, en particulier si les pertes
gastro-intestinales sont substantielles et la malabsorption, importante.
On doit également porter une attention particulière aux carences en
micronutriments chez ces patients, surtout en cas de malabsorption
concomitante. S’il y a atteinte ou résection iléale importante, par
exemple, le patient doit recevoir régulièrement de la vitamine B12
par voie parentérale.
TABLEAU 7. La malnutrition dans la maladie
inflammatoire de l’intestin
Diminution de l’apport oral
Déclenchée par la maladie (p. ex. douleurs abdominales postprandiales et
diarrhée,
sitiophobie, anorexie, nausées et vomissements)
Iatrogénique (p. ex. régimes restrictifs, régimes « à la mode »)
Malabsorption
Diminution de la surface d’absorption (p. ex. intestin court par suite
d’une résection, segments pathologiques)
Pullulation bactérienne (p. ex. associée avec des sténoses et des anses
de courts-circuits, stase)
Carence en sels biliaires après résection iléale (p. ex. perturbation
de la formation des micelles et stéatorrhée)
Carence en lactase (p. ex. associée avec une maladie de l’intestin grêle)
Malabsorption d’origine médicamenteuse
Déperdition accrue de nutriments
Entéropathie exsudative
Perte d’électrolytes, de minéraux et d’oligoéléments par suite de
diarrhée (p. ex. potassium, zinc)
Hémorragie digestive (p. ex. perte de fer)
Malabsorption d’origine médicamenteuse
Cholestyramine (p. ex. acides biliaires, lipides, vitamines liposolubles
incluant vitamines D et K)
Sulfasalazine (p. ex. carence en acide folique associée avec une
diminution de l’absorption et avec une augmentation des besoins liée à
l’hémolyse)
Stéroïdes (p. ex. absorption et mobilisation du calcium)
Augmentation des besoins
Maladie inflammatoire chronique, fièvre, surinfection
Le type d’alimentation ou sa consistance
doivent souvent être modifiés pour permettre un apport adéquat des
divers nutriments. On peut ainsi recommander une alimentation pauvre en
fibres ou en résidus si les symptômes sont associés à la présence de
segments intestinaux sténosés. Chez certains patients, on peut au
contraire réduire les symptômes en augmentant la teneur en fibres du régime
alimentaire. Une augmentation des quantités de pectine ou de cyamopside,
par exemple, peut se révéler utile chez les patients dont les selles
sont trop liquides puisque ces fibres possèdent un grand pouvoir de rétention
aqueuse.
L’intolérance au lactose peut être
courante chez les patients atteints d’une maladie inflammatoire de
l’intestin, en particulier lorsque l’intestin grêle est touché, de même
que chez les groupes ethniques où la fréquence des carences primaires en
lactase est élevée. Des rapports récents semblent indiquer que
l’intolérance au lactose n’est pas aussi fréquemment associée à la
maladie de Crohn qu’on le croyait. Une résection limitée de l’iléon
peut occasionner de la diarrhée à la suite d’une malabsorption des
sels biliaires. Une résection iléale plus étendue, particulièrement de
plus de 100 cm, peut donner lieu à une déplétion des sels biliaires. Il
s’ensuit une formation de micelles sous-optimales qui entraîne une
malabsorption des lipides. De plus, les graisses ou les acides gras fécaux,
voire les deux à la fois, fixent le calcium, le magnésium, le zinc et le
cuivre; il en résulte un accroissement des pertes fécales de ces cations
bivalents et une augmentation des pertes de vitamines liposolubles. Enfin,
les patients atteints de la maladie de Crohn qui ont subi une résection
iléale et qui présentent une stéatorrhée sont plus sujets aux calculs
rénaux d’oxalate de calcium. Cela est dû à une hausse des
concentrations urinaires d’oxalate conjointement avec une plus grande
absorption d’oxalate alimentaire, principalement dans le côlon. La stéatorrhée
cause une hyperoxalurie entérique parce que le calcium se fixe aux acides
gras non absorbés. Il s’ensuit que plus d’oxalate est accessible à
la diffusion passive dans le côlon. Les acides gras semblent, de plus,
accroître la perméabilité du côlon à l’oxalate. En diminuant les
lipides alimentaires, on réduit également l’absorption d’oxalate.
Plusieurs médicaments spécifiques
perturbent l’absorption des nutriments. La sulfasalazine, par exemple,
est un inhibiteur compétitif de l’absorption intestinale de folates. De
plus, les patients traités par la sulfasalazine peuvent présenter une hémolyse
secondaire à une lésion oxydative des globules rouges par la
sulfapyridine. Les besoins en folates se trouvent donc majorés.
  
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