Certains régimes alimentaires se révèlent utiles pour le traitement de divers troubles gastro-intestinaux. Ils peuvent inclure la restriction de certains aliments ou ladministration dun supplément, ou, comme autre solution, une modification de la consistance ou de la concentration de nutriments particuliers. Chez les patients atteints de stéatorrhée, par exemple, la présence dacides gras dans la lumière intestinale contribue à la pathogenèse de la diarrhée. Une réduction de lapport alimentaire en triglycérides peut diminuer partiellement la diarrhée chez ces patients; un régime alimentaire à faible teneur en lipides peut se révéler bénéfique. Dans certains cas de stéatorrhée, ladministration dun supplément de triglycérides à chaîne moyenne peut être utile puisque ceux-ci sont hydrolysés plus rapidement par les enzymes pancréatiques, leur absorption ne nécessitant pas de micelles dacides biliaires, et ils sont dirigés principalement vers la circulation porte plutôt que lymphatique. Puisque les triglycérides à chaîne moyenne subissent une v-oxydation qui les transforme en acides dicarboxyliques non métabolisables, la teneur calorique efficace des triglycérides à chaîne moyenne est moindre que prévu. Les triglycérides à chaîne moyenne administrés à raison de 60 mL par jour fournissent approximativement 460 calories. On peut procéder à ladministration de suppléments nutritifs à faible teneur lipidique; à cette fin, on trouve sur le marché un certain nombre de préparations de suppléments nutritionnels complets (Criticare ® HN, Tolerex ® ). En cas de stéatorrhée, on peut remplacer les vitamines liposolubles par des préparations orales miscibles à leau. En ce qui concerne la vitamine K, il existe sur le marché une forme hydrosoluble. Labsorption des vitamines liposolubles nécessite des micelles dacides biliaires; ainsi, lorsque la stéatorrhée est due à une déplétion en acides biliaires, comme on peut lobserver dans le syndrome de lintestin court secondaire à une résection étendue pour maladie de Crohn, une augmentation de lapport vitaminique devient nécessaire. Lingestion daliments renfermant du lactose peut entraîner un ballonnement et des crampes, probablement imputables à une carence en lactase (p. ex. maladie de lintestin grêle, carence « ethnique » en lactase). La restriction du lactose alimentaire peut être indiquée en présence dantécédents dintolérance au lactose ou dun test de tolérance au lactose positif (c.-à-d. hausse de la glycémie inférieure à 20 mg/dL après la prise orale de 50 g de lactose) qui saccompagne de symptômes caractéristiques. Une autre épreuve consiste à mesurer lhydrogène expiré; une hausse de plus de 20 ppm est compatible avec une intolérance au lactose. On trouve du lactose dans le lait, y compris le babeurre, même sil a été fermenté naturellement. Il y a habituellement lieu déviter le yogourt commercial puisque après la fermentation, on y ajoute souvent du lait ou de la crème pour masquer le goût amer produit par la fermentation du lactose. La crème glacée et les sorbets contiennent de fortes concentrations de lactose et doivent être prescrits selon la tolérance. Il faut également éviter les desserts à base de lait ou de chocolat au lait, de même que les sauces ou les farces à base de lait, de crème ou de fromage. Des suppléments de calcium seront peut-être nécessaires sil y a restriction des produits laitiers, en particulier chez la femme ménopausée. Les patients qui accusent une intolérance au lactose peuvent faire un usage de produits laitiers liquides en utilisant une préparation enzymatique fabriquée à partir dune levure (préparation de lactase provenant de Kluyveromyces lactis) qui, ajoutée à du lait à 4 °C (15 gouttes/L), peut hydrolyser jusquà 99 % du lactose en 24 heures. Les produits laitiers non liquides ne peuvent être traités par des préparations enzymatiques, mais les patients ont la possibilité de mâcher des comprimés de lactase avant de consommer des aliments solides.
La maladie coeliaque, connue également sous le nom dentéropathie au gluten ou de sprue coeliaque, est un trouble de malabsorption qui résulte de lingestion de protéines provenant de certaines céréales de la famille des graminées (Gramineae), soit le blé, le seigle, lorge et, probablement, lavoine. On croit que la fraction gliadine du gluten de blé, soluble dans lalcool, ou des protéines semblables (appelées prolamines) provenant dautres grains et solubles aussi dans lalcool, sont à lorigine des lésions intestinales. Par conséquent, une restriction absolue simpose durant la vie entière. Le tableau 6 fournit quelques directives diététiques pour les patients atteints de la maladie coeliaque. Le gluten est cependant une substance extrêmement répandue; on peut le trouver dans le café, le ketchup, les trempettes, les préparations commerciales de repas surgelés, la crème glacée, et même dans les capsules de médicaments! Bien que le blé, le seigle, lorge et probablement lavoine jouent un rôle important dans la maladie coeliaque, le maïs et le riz sont bien tolérés. Les données sur les autres grains ne sont pas claires. Le sarrasin nappartient pas à la famille des graminées et est habituellement permis. Le millet et le sorgho sont souvent autorisés, mais ils nont pas été évalués rigoureusement. Il faut éviter le triticale, un hybride entre le blé et le seigle. Le whisky de seigle, le whisky écossais et les autres alcools de céréales peuvent être consommés puisque les eaux-de-vie distillées ne contiennent pas de gluten. De même, le brandy et les vins de fruits ne posent aucune difficulté. Les bières et les ales sont fabriquées à partir dorge; on ne sait pas clairement si elles peuvent activer la maladie, et il vaut mieux sen abstenir. Le malt dorge doit être évité, tout comme les protéines végétales hydrolysées utilisées pour rehausser larôme des aliments transformés, puisquelles peuvent provenir de protéines de soja, de blé ou dautres céréales.
TABLEAU 6. Directives diététiques pour les patients atteints de maladie coeliaque Aliments à éviter Blé, seigle, orge, produits de lavoine Aliments acceptables
En présence de la maladie coeliaque symptomatique aussi bien quasymptomatique, on recommande un régime sans gluten durant toute la vie. Des suppléments polyvitaminés sont souvent requis et il faut corriger toute carence spécifique en vitamines, en minéraux et en oligoéléments. Ladministration de suppléments de fer et de folates peut simposer et la malabsorption du fer oral peut parfois commander son administration par voie parentérale. Des suppléments de calcium et de vitamine D peuvent être utiles pour prévenir la mobilisation du calcium osseux et, dans certains cas, un supplément de magnésium peut savérer nécessaire.
Bien des patients atteints dune maladie inflammatoire de lintestin, particulièrement la maladie de Crohn, souffrent de malnutrition. Plus de 65 % des patients accusent une perte de poids et jusquà 40 % des enfants ont un retard de croissance. Comme le montre le tableau 7, la malnutrition comporte de multiples causes, surtout quand lintestin grêle est atteint. Lobjectif des manipulations diététiques est de garantir un apport nutritif adéquat malgré les modifications requises pour diminuer les symptômes. Bien quil nexiste quun nombre restreint détudes, celles-ci suggèrent que les dépenses énergétiques nexcèdent pas celles que lon peut prévoir chez un sujet sain, à moins que la maladie ne soit compliquée par de la fièvre ou un état septique. Une augmentation de lapport tant en calories quen différents nutriments peut toutefois simposer, en particulier si les pertes gastro-intestinales sont substantielles et la malabsorption, importante. On doit également porter une attention particulière aux carences en micronutriments chez ces patients, surtout en cas de malabsorption concomitante. Sil y a atteinte ou résection iléale importante, par exemple, le patient doit recevoir régulièrement de la vitamine B12 par voie parentérale.
TABLEAU 7. La malnutrition dans la maladie inflammatoire de lintestin
Malabsorption Déperdition accrue de nutriments Malabsorption dorigine médicamenteuse Augmentation des besoins Le type dalimentation ou sa consistance doivent souvent être modifiés pour permettre un apport adéquat des divers nutriments. On peut ainsi recommander une alimentation pauvre en fibres ou en résidus si les symptômes sont associés à la présence de segments intestinaux sténosés. Chez certains patients, on peut au contraire réduire les symptômes en augmentant la teneur en fibres du régime alimentaire. Une augmentation des quantités de pectine ou de cyamopside, par exemple, peut se révéler utile chez les patients dont les selles sont trop liquides puisque ces fibres possèdent un grand pouvoir de rétention aqueuse. Lintolérance au lactose peut être courante chez les patients atteints dune maladie inflammatoire de lintestin, en particulier lorsque lintestin grêle est touché, de même que chez les groupes ethniques où la fréquence des carences primaires en lactase est élevée. Des rapports récents semblent indiquer que lintolérance au lactose nest pas aussi fréquemment associée à la maladie de Crohn quon le croyait. Une résection limitée de liléon peut occasionner de la diarrhée à la suite dune malabsorption des sels biliaires. Une résection iléale plus étendue, particulièrement de plus de 100 cm, peut donner lieu à une déplétion des sels biliaires. Il sensuit une formation de micelles sous-optimales qui entraîne une malabsorption des lipides. De plus, les graisses ou les acides gras fécaux, voire les deux à la fois, fixent le calcium, le magnésium, le zinc et le cuivre; il en résulte un accroissement des pertes fécales de ces cations bivalents et une augmentation des pertes de vitamines liposolubles. Enfin, les patients atteints de la maladie de Crohn qui ont subi une résection iléale et qui présentent une stéatorrhée sont plus sujets aux calculs rénaux doxalate de calcium. Cela est dû à une hausse des concentrations urinaires doxalate conjointement avec une plus grande absorption doxalate alimentaire, principalement dans le côlon. La stéatorrhée cause une hyperoxalurie entérique parce que le calcium se fixe aux acides gras non absorbés. Il sensuit que plus doxalate est accessible à la diffusion passive dans le côlon. Les acides gras semblent, de plus, accroître la perméabilité du côlon à loxalate. En diminuant les lipides alimentaires, on réduit également labsorption doxalate. Plusieurs médicaments spécifiques perturbent labsorption des nutriments. La sulfasalazine, par exemple, est un inhibiteur compétitif de labsorption intestinale de folates. De plus, les patients traités par la sulfasalazine peuvent présenter une hémolyse secondaire à une lésion oxydative des globules rouges par la sulfapyridine. Les besoins en folates se trouvent donc majorés.
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