
 
| 4. EFFETS DE LA
MALNUTRITION SUR LE TUBE DIGESTIF ET LE PANCRÉAS |
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La malnutrition protéino-énergétique
peut produire des modifications morphologiques et fonctionnelles
importantes au niveau du tube digestif et du pancréas qui, à leur tour,
peuvent aggraver un état nutritionnel déjà déficient. En présence de
malnutrition protéino-énergétique grave, par exemple, on observe une
atrophie des cellules acineuses et une diminution de la teneur en grains
de zymogène des cellules exocrines. La sécrétion pancréatique peut
diminuer après stimulation par la cholécystokinine ou la sécrétine,
voire les deux à la fois. Dans la malnutrition, on signale une diminution
de l’activité enzymatique du suc pancréatique (c.-à-d. trypsine,
chymotrypsine, lipase, amylase). La correction de la malnutrition peut
entraîner le retour à la normale des concentrations de ces enzymes, mais
cette normalisation peut exiger plusieurs semaines.
En plus de l’insuffisance pancréatique
exocrine, toute la paroi et le revêtement muqueux de l’estomac et de
l’intestin peuvent s’amincir. Ce changement semble être réversible
puisque après la réplétion nutritionnelle, l’aspect macroscopique
peut sembler plus normal. Des changements microscopiques marqués peuvent
survenir, dont un « aplatissement » grave de la muqueuse de l’intestin
grêle, semblable à celui de la maladie coeliaque. Cependant,
contrairement à ce que l’on observe dans la maladie coeliaque, il y a
diminution de l’activité mitotique des cryptes, et la muqueuse est
hypoplasique plutôt qu’hyperplasique. Dans ce cas, la correction de
l’état nutritionnel comme tel peut produire un retour complet à la
normale. Des modifications morphologiques non spécifiques surviennent également,
dont la présence de gouttelettes lipidiques dans les cellules épithéliales.
Il peut y avoir des modifications selon un mode de distribution par
plaques dans tout l’intestin grêle, bien que le jéjunum semble le plus
gravement touché. La malnutrition protéino-énergétique s’accompagne
aussi de changements qualitatifs et quantitatifs de la microflore
intestinale, en particulier des anaérobies. Leur rôle dans les
modifications morphologiques et fonctionnelles de la muqueuse nécessite
toutefois des précisions. On peut observer une diminution de certaines
enzymes de la bordure en brosse (c.-à-d. les disaccharidases); il en résulte
une malabsorption de diverses substances, dont le lactose. On a également
signalé une perturbation de la captation du glucose et du D-xylose, et il
peut y avoir stéatorrhée conjointement avec une détérioration de
l’absorption des lipides et de certaines vitamines liposolubles. On peut
en outre observer une augmentation des pertes entériques de protéines,
menant à une élévation de la teneur fécale en azote. Enfin, la
concentration de nutriments particuliers peut être insuffisante et
perturber certains tissus. À titre d’exemple, les carences en acide
folique et en vitamine B12 exercent des effets bien connus sur
les cellules souches hématopoïétiques à division rapide contenues dans
la moelle osseuse; pour des raisons similaires, comme le montre le tableau
5, on peut prévoir des modifications analogues dans l’épithélium
de l’intestin grêle.
TABLEAU 5.
Effets d’une déplétion de nutriments spécifiques sur
l’intestin
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| Carence |
Effets |
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| Malnutrition
protéino-énergétique (kwashiorkor surtout) |
« Atrophie
» villositaire totale ou partielle et hypoplasie des cryptes |
|
| Carence en
acide folique |
« Atrophie
» villositaire totale ou partielle et hypoplasie des cryptes; entérocytes
macrocytaires ou « mégaloblastiques » |
|
| Carence en
vitamine B12 |
« Atrophie
» villositaire totale ou partielle et hypoplasie des cryptes; entérocytes
macrocytaires ou « mégaloblastiques » |
|
| Carence en
vitamine E |
Céroïdose
de l’intestin grêle (?)
(« syndrome de l’intestin brun ») |
|
| Carence en
vitamine A |
Diminution du
nombre de cellules calciformes de l’intestin |
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Il existe de plus en plus de preuves que la
muqueuse du côlon utilise les acides gras à chaînes courtes (en
particulier le butyrate) comme source énergétique. Chez les patients qui
subissent une colostomie, le segment intestinal laissé en aval ne bénéficie
pas du mouvement fécal. La muqueuse de ce segment peut présenter une
inflammation appelée « colite de dérivation ». Ce problème peut être
corrigé par l’administration de lavements d’acides gras à chaînes
courtes. Les fibres alimentaires fermentées constituent une importante
source d’acides gras à chaînes courtes dans le côlon; on peut donc
considérer les fibres comme un « nutriment ».
  
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