
 
| 3. CARACTÉRISTIQUES
CLINIQUES ET BIOLOGIQUES DE LA MALNUTRITION PROTÉINO-ÉNERGÉTIQUE
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La malnutrition protéino-énergétique
peut résulter d’un certain nombre de causes (tableau
2). L’ingestion ou l’assimilation peuvent être perturbées
ou les pertes, intensifiées, comme dans les cas d’entéropathie
exsudative où l’on observe une déperdition excessive de protéines
intestinales. Dans certaines pathologies, les causes peuvent être
multiples.
TABLEAU 2. Causes
de la malnutrition protéino-énergétique
|
| Apport
insuffisant
Quantité ou qualité
insuffisantes
Apport insuffisant dû à une maladie générale (p. ex.
accident cérébro-vasculaire, infections chroniques)
Apport insuffisant dû à une maladie gastro-intestinale
locale (p. ex. sténose oesophagienne bénigne ou maligne)
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Maldigestion ou
malabsorption
Anomalie enzymatique sélective
(p. ex. déficit en entérokinase, déficit en trypsinogène)
Anomalie enzymatique générale (p. ex. insuffisance pancréatique
exocrine)
Perturbation de l’assimilation par l’intestin grêle (p.
ex. maladie coeliaque)
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Déperdition protéique
intestinale excessive
Maladie de la muqueuse
gastrique ou intestinale (p. ex. maladie de Ménétrier,
lymphangiectasie intestinale)
Maladie extra-intestinale accompagnée de blocage lymphatique
(p. ex. péricardite, lymphome)
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Troubles à causes multiples
Cancer avancé
Insuffisance rénale chronique accompagnée d’urémie
Autres maladies débilitantes chroniques
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Les besoins peuvent en outre être augmentés
de façon significative par la croissance, la grossesse, des lésions
tissulaires ou la superposition d’un processus pathologique. De
multiples facteurs peuvent être en cause chez certains patients atteints
de maladies débilitantes chroniques.
On a tenté de classer la malnutrition selon qu’elle résulte d’une
carence à prédominance protéique (c.-à-d. kwashiorkor) ou calorique (énergétique)
(c.-à-d. marasme). Dans le kwashiorkor, le sujet ingère une quantité
modérée de calories, habituellement sous forme de glucides complexes (p.
ex. du riz), mais très peu de protéines. Les glucides sont absorbés
principalement sous forme de glucose, ce qui fait augmenter la glycémie
et l’insulinémie, et diminuer la lipolyse et la protéolyse. Le foie ne
reçoit donc pas suffisamment d’acides aminés, étant donné la faible
quantité ingérée et le peu de mobilisation périphérique à partir des
réserves des muscles squelettiques. Le transport des triglycérides
fabriqués à partir du glucose ingéré est perturbé en raison de la
production inadéquate d’apoprotéines, indispensables à la formation
des VLDL. Une stéatose hépatique se produit avec hépatomégalie
secondaire. De plus, dans le kwashiorkor, la production hépatique
d’autres protéines, dont l’albumine, est inadéquate et l’albuminémie
chute, entraînant un oedème périphérique. En présence de marasme, le
sujet ingère une quantité insuffisante de protéines et de calories. Le
faible apport calorique signifie que seules de petites quantités de
glucides sont ingérées; la glycémie et l’insulinémie sont basses. La
lipolyse et la protéolyse ont donc lieu et favorisent un apport adéquat
d’acides aminés au foie, à partir des muscles pour la production de
protéines. Il n’y a pas d’accumulation de lipides dans le foie, et
l’albuminémie tend à être normale, sans oedème périphérique.
Souvent, l’état nutritionnel du patient se situe entre ces deux extrêmes,
mais on trouve des exemples de kwashiorkor et de marasme dans les pays
occidentaux. L’anorexie mentale est un exemple classique de marasme. On
y observe une fonte musculaire marquée et une perte de tissu sous-cutané
(tissu adipeux), mais un foie de taille normale sans infiltration
graisseuse et une absence d’oedème périphérique. Au contraire, le
patient d’une unité de soins intensifs qui a reçu par voie
intraveineuse du dextrose (glucose) sans acides aminés pendant une période
prolongée présente souvent une stéatose hépatique et une hypoalbuminémie
marquée accompagnée d’oedème. Les caractéristiques cliniques
de la malnutrition protéino-énergétique dépendent de la gravité et de
la durée de la carence nutritionnelle, de l’âge du sujet et de la présence
ou non d’autres facteurs de risque. En cas de carence légère, les
anomalies peuvent être subtiles, en particulier chez l’adulte, où il
n’y a pas de besoins liés à la croissance. On peut observer chez ces
patients une fonte des muscles et de la graisse sous-cutanée. De la
faiblesse et d’infimes modifications de la fonction psychomotrice
peuvent se manifester. Une hypertrophie, parfois bilatérale, de la glande
parotide qui demeure non sensible au toucher est possible. Une
pigmentation brunâtre en plaques peut survenir, en particulier au-dessus
des éminences malaires du visage. Une chevelure terne et clairsemée
ainsi qu’une chute accrue des cheveux sur les côtés de la tête, en
particulier lorsque le sujet se peigne ou se brosse les cheveux, peuvent
être observées. Il y a risque de bradycardie. Il peut s’ensuivre
divers degrés d’hépatomégalie, parfois accompagnée de stéatose.
Lorsque la malnutrition protéino-énergétique est secondaire à un
court-circuit (bypass) jéjuno-iléal, on observe un large spectre
de modifications histopathologiques semblables à celles qui sont souvent
associées aux hépatopathies alcooliques. D’autres modifications hépatiques
pouvant être associées à des troubles nutritionnels sont énumérées
dans le tableau 3..
TABLEAU
3. Effets de troubles nutritionnels particuliers sur le foie
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| Troubles
nutritionnels
| Effets sur le
foie
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| Affections
courantes
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Alcoolisme
| Stéatose,
hépatite alcoolique et cirrhose
|
Obésité
| Stéatose, stéatose-hépatite
et lithiase biliaire
|
Diabète non maîtrisé
| Glycogénose, stéatose
et stéatose-hépatite
|
Carence en protéines
| Calculs pigmentaires
|
Kwashiorkor
| Stéatose et
diminution de la synthèse des protéines
|
Jeûne
| Légère
hyperbilirubinémie non conjugée, en particulier maladie de
Gilbert
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| Affections
peu courantes
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Court-circuit
jéjuno-iléal
| Stéatose
et stéatose-hépatite
|
Apport
alimentaire excessif de fer
| Sidérose et hémochromatose
des Bantous
|
Alcaloïdes du séneçon
| Maladie veino-occlusive
|
Aflatoxines
alimentaires
| Hépatome (?)
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Ingestion
chronique d’arsenic
| Hypertension
portale non cirrhotique, angiosarcome et hématome
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| Hypervitaminose
A
| Fibrose hépatique
et cirrhose
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Chez l’adulte atteint de
malnutrition protéino-énergétique grave et chez l’enfant en
croissance, les manifestations cliniques peuvent être encore plus
importantes. La fonte des muscles et du tissu adipeux sous-cutané
ainsi que l’oedème et l’amaigrissement qui en dépendent
peuvent être marqués. Une apathie mentale grave et une diminution
de l’activité physique peuvent survenir. Les anomalies de la
chevelure, en particulier chez l’enfant, peuvent être frappantes.
On peut observer une forte décoloration, en particulier à la
pointe des cheveux, et, en de rares occasions, une alternance de mèches
pâles et foncées. Les cheveux peuvent être enlevés sans douleur.
Les ongles peuvent devenir cassants et marqués de sillons
horizontaux. On peut observer un motif confluent asymétrique
d’hyperpigmentation cutanée, en particulier sur le périnée et
les régions exposées, comme le visage. Une desquamation étendue
peut survenir, laissant des régions dépigmentées d’ulcères
superficiels, en particulier sur les fesses et l’arrière des
cuisses. Les symptômes gastro-intestinaux sont courants, mais
variables. Ils incluent la constipation marquée, la diarrhée,
l’anorexie ou l’hyperphagie, les nausées, les vomissements et
la déshydratation. Les valeurs biologiques sont également
variables. Les protéines sériques peuvent être diminuées de façon
substantielle, y compris l’albumine sérique et certaines protéines
de transfert de haut poids moléculaire, comme la transferrine, la céruloplasmine,
les lipoprotéines, la thyroxine et les protéines liées au
cortisol. L’analyse des acides aminés sériques peut révéler
une diminution des acides aminés essentiels (c.-à-d. leucine,
isoleucine, valine, méthionine) et un taux normal ou faible
d’acides aminés non essentiels (c.-à-d. glycine, sérine,
glutamine). L’excrétion urinaire de l’urée, de la créatinine
et de l’hydroxyproline peut diminuer. De graves anomalies électrolytiques
surviennent, bien que les taux sériques puissent être normaux. Les
carences vitaminiques cliniques sont énumérées dans le tableau
4.
À l’exception de la chéilite et
de la glossite, que l’on observe en présence d’une carence en
vitamines du groupe B, les manifestations physiques d’une carence
vitaminique unique ou isolée sont rares chez les patients atteints
de malnutrition protéinocalorique dans les pays développés. Les
oligoéléments sont des substances dont la présence en petites
quantités (mg ou moins) est indispensable à la croissance ou au
fonctionnement normal de l’organisme. Les oligoéléments
essentiels chez l’humain incluent le fer, l’iode, le zinc, le
chrome, le cuivre, le sélénium et le cobalt ainsi que,
vraisemblablement, le molybdène, le manganèse et le vanadium. À
part la carence en fer due à une hémorragie ou à un apport
alimentaire inadéquat, les états carentiels en oligoéléments
sont rares chez les sujets qui s’alimentent le moindrement par
voie orale, puisque seules d’infimes quantités sont requises.
 
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