
 
| 3. TROUBLES GASTRO-INTESTINAUX
ASSOCIÉS AVEC L'INFECTION À VIH |
|
3.1 Considérations d’ordre général |
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328 |
Le tractus gastro-intestinal est souvent la
cible d’infections opportunistes et de néoplasies chez les personnes
infectées par le VIH. Les symptômes gastro-intestinaux tels que la
dysphagie, les douleurs abdominales, la diarrhée et la perte de poids
sont courants et touchent plus de 75 % des personnes atteintes du VIH au
cours de leur maladie. Il est important de noter que les personnes infectées
par le VIH peuvent également avoir des troubles gastro-intestinaux
courants qui ne sont pas liés au virus. L’approche à adopter à l’égard
des patients infectés par le VIH qui présentent des symptômes gastro-intestinaux
doit être fonction du nombre de lymphocytes CD4. Ainsi, il est peu
probable qu’une personne ayant une numération supérieure à 300 x 106
/mL soit atteinte d’une infection opportuniste ou d’une néoplasie.
L’évaluation de ces patients devrait donc être semblable à celle de
personnes immunocompétentes. Cependant, lorsque le nombre de lymphocytes
CD4 est inférieur à 300 x 106 /mL, le risque d’infections
opportunistes augmente; il faut alors en tenir compte dans le diagnostic
différentiel.
D’autres aspects doivent être pris en considération dans l’évaluation
des porteurs du VIH éprouvant des symptômes gastro-intestinaux, à
savoir les effets indésirables des médicaments et les problèmes propres
aux groupes à risque. De nombreux antirétroviraux et antimicrobiens
employés dans le traitement de l’infection à VIH ont des effets indésirables
majeurs au niveau du tractus gastro-intestinal. On néglige souvent ces
effets dans le diagnostic différentiel des troubles gastro-intestinaux
chez ces patients. Par ailleurs, les hommes homosexuels sont sujets à une
variété de problèmes gastro-intestinaux, en raison de leurs pratiques
sexuelles. Ils courent, entre autres, un plus grand risque de contracter
une parasitose intestinale et une rectite résultant d’une gonorrhée,
d’une syphilis ou d’une infection à Chlamydia. Les personnes
qui subissent la pénétration au cours de rapports anaux risquent
d’avoir un trauma rectal se manifestant par des lacérations, des
fissures, des infections périanales et, plus rarement, une perforation de
l’intestin. Les utilisateurs de drogues injectables courent également
un plus grand risque de contracter les virus de l’hépatite B et de
l’hépatite C.
| 3.2 Infections
bactériennes |
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329 |
Les agents pathogènes bactériens typiques
de l’intestin, tels que les souches non typhoïdiques de Salmonella,
les diverses espèces de Shigella et Campylobacter jejuni sont
à peine plus fréquents chez les personnes infectées par le VIH.
Lorsqu’ils se manifestent chez des personnes immunodéficientes, c’est
souvent sous une forme atypique; on note également une fréquence élevée
de bactériémie en plus des symptômes habituels d’entérite ou de
colite. De plus, les porteurs du VIH qui sont immunodéficients semblent
être incapables d’éliminer efficacement ces organismes. Par conséquent,
les infections à répétition sont courantes et nécessitent souvent
l’utilisation continue d’antibiotiques. Le diagnostic est posé par
coproculture. Étant donné la fréquence élevée de bactériémie, on
devrait également effectuer une hémoculture chez les personnes souffrant
d’une diarrhée aiguë et de fièvre.
Les personnes infectées par le VIH et atteintes d’une entérite ou
d’une colite bactériennes aiguës sont traitées selon les mêmes
principes que les autres patients : un traitement de soutien et des solutés
administrés par voie intraveineuse, au besoin. Les patients immunocompétents
réussissent généralement à éliminer l’infection, et les indications
de l’antibiothérapie sont les mêmes que pour les autres patients. On
doit traiter les personnes immunodéficientes et celles qui ont une bactériémie
au moyen des antibiotiques appropriés (tableau
1). Le traitement suppressif continu est souvent indiqué en
raison de la fréquence importante des infections récidivantes.
TABLEAU
1. Schémas thérapeutiques pour les infections gastro-intestinales
liées au VIH
|
| Organisme |
Médicament
de choix |
Autres
traitements |
|
| Bactéries |
|
|
| Salmonella |
Ceftriaxone 1
à 2 g i.v. aux 12 à 24 h |
Ciprofloxacine
500 mg aux 12 h
Triméthoprime-sulfaméthoxazole
160 mg à 800 mg p.o. 2 f.p.j. |
| Shigella |
Ciprofloxacine
500 mg p.o. 2 f.p.j. |
Triméthoprime-sulfaméthoxazole
160 mg à 800 mg p.o. 2 f.p.j.
Ceftriaxone 1 à 2 g i.v. aux 12 à 24 h |
| Campylobacter |
Ciprofloxacine
500 mg p.o. 2 f.p.j. ou
Érythromycine 500 mg p.o. 4 f.p.j. |
Tétracycline
500 mg p.o.
4 f.p.j. |
| Mycobactéries |
|
|
| Mycobacterium
tuberculosis |
Isoniazide
300 mg p.o.
1 f.p.j. +
Rifampicine 600 mg p.o. 1 f.p.j. +
Pyrazinamide 15 à 25 mg/kg p.o. 1 f.p.j. +
Éthambutol 15 à 25 mg/kg p.o. 1 f.p.j. ou
Streptomycine 15 mg/kg I.M. 1 f.p.j. |
Selon la
sensibilité |
| Mycobacterium
avium intracellulare |
Clarithromycine
500 à 1000 mg p.o. 2 f.p.j.
+ un ou plusieurs des agents suivants :
Éthambutol 15 à 25 mg/kg p.o. 1 f.p.j.
Clofazimine 100 à 200 mg p.o. 1 f.p.j.
Ciprofloxacine 750 mg p.o. 2 f.p.j.
Amikacine 7,5 à 15 mg/kg i.m. 1 f.p.j. |
Rifabutine
450 à 600 mg p.o.
1 f.p.j. + un ou plusieurs des autres agents |
| Champignons |
|
|
| Candida
albicans (oral)
|
Clotrimazole
en pastilles de 100 mg p.o. 1 à 3 f.p.j.
Fluconazole 100 mg p.o. 1 f.p.j. |
Kétoconazole
200 mg p.o. 1 f.p.j.
Itraconazole 200 mg 1 f.p.j. |
| (oesophagien) |
Fluconazole
100 à 200 mg p.o.
1 f.p.j. |
Kétoconazole
ou itraconazole 200 mg p.o.
1 f.p.j.
Amphotéricine B 0,3 mg/kg i.v. 1 f.p.j. x 7 jours |
| Histoplasmose |
Traitement
initial :
Amphotéricine B 0,5 à 0,6 mg/kg i.v. 1 f.p.j. pendant 4 à 8
semaines
Suppression continue :
Itraconazole 200 mg p.o. 2 f.p.j. |
Itraconazole
200 mg p.o.
2 f.p.j.
Amphotéricine B 0,5 à 0,8 mg/kg i.v.
une fois par semaine |
| Parasites |
|
|
| Giardia
lamblia |
Métronidazole
250 mg p.o. 3 f.p.j. |
Chlorhydrate
de quinacrine 100 mg p.o. 3 f.p.j. |
| Entamoeba
histolytica |
Métronidazole
750 mg p.o. x f.p.j. x 10 jours
suivi de Iodoquinol 650 mg p.o. 3 f.p.j. x 20 jours |
|
| Cryptosporidium |
Traitement
liquide de soutien
Lopéramide 2 à 24 mg p.o. 1 f.p.j. |
Paromomycine
500 à 750 mg p.o. 4 f.p.j.
Octréotide 50 à 500 µg s.c. 3 f.p.j. |
| Microsporidies |
Traitement
liquide de soutien
Lopéramide 2 à 24 mg p.o. 1 f.p.j. |
Albendazole
400 mg p.o.
2 f.p.j.
Octréotide 50 à 500 µg s.c. 3 f.p.j. |
| Isospora
belli |
Triméthoprime-sulfaméthoxazole
160 mg à 800 mg p.o.
2 f.p.j. x 10 jours
ensuite 2 f.p.j. x 21 jours |
Pyriméthamine
50 à 75 mg 1 f.p.j. X 21 jours |
| Virus |
|
|
| Herpes
simplex |
Pour les lésions
évolutives :
Acyclovir 200 mg p.o. 5 f.p.j.
Traitement d’entretien :
Acyclovir 400 mg p.o. 2 f.p.j. |
Foscarnet 40 mg/kg i.v. aux 8 h x 21 jours
Foscarnet 40 mg/kg i.v. 1 f.p.j. |
| Cytomégalovirus |
Pour les lésions
évolutives :
Ganciclovir 5 mg/kg i.v. aux12 h x 14 à 21 jours
Traitement d’entretien :
Ganciclovir 5 mg/kg i.v. 1 f.p.j. ou 6 mg/kg 5 fois par semaine |
Foscarnet 60 mg/kg i.v. aux 8 h x 14 à 21 jours
Foscarnet 90 à 120 mg/kg i.v.
1 f.p.j. |
|
| 3.3 Infections
mycobactériennes |
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330 |
3.3.1 MYCOBACTERIUM AVIUM INTRACELLULARE |
|
L’infection à Mycobacterium avium
intracellulare, une mycobactérie atypique présente dans le milieu
environnant, est une infection opportuniste courante chez les porteurs du
VIH immunodéficients (nombre de lymphocytes CD4 inférieur à 100 x 10 6
/mL) et une atteinte révélatrice du sida. Elle se présente
habituellement sous forme d’une maladie chronique affectant
l’organisme entier et comprenant de la fièvre, des sueurs nocturnes,
une perte de poids et une adénopathie, en plus d’une diarrhée. Cette
dernière peut être de légère à modérée et présenter des signes
indicatifs d’une malabsorption. L’hépato-splénomégalie est également
une observation courante, car le foie et la rate sont souvent atteints
dans l’infection à Mycobacterium avium intracellulare.
L’organisme infecte généralement la muqueuse de l’intestin grêle,
et l’augmentation du nombre de macrophages dans le chorion entraîne un
épaississement et une atrophie des villosités. La coloration à l’hématoxyline
et à l’éosine révèle un aspect étonnamment semblable à celui de la
maladie de Whipple. Les colorants destinés à mettre en évidence les
mycobactéries permettent de voir que les macrophages sont remplis
d’organismes acido-résistants. En plus du foie et de la rate,
l’infection par Mycobacterium avium intracellulare atteint
souvent les ganglions lymphatiques intra-abdominaux, et la moelle osseuse
également. On peut généralement établir un diagnostic par coproculture
ou par hémoculture. L’hémoculture est habituellement positive en trois
ou quatre semaines, car cette mycobactérie se multiplie rapidement. Les
radiographies au baryum révèlent souvent une dilatation de l’intestin
grêle et un épaississement irrégulier des plis de ce dernier. L’échographie
ou la scanographie de l’abdomen montrent une hépato-splénomégalie, et
les ganglions lymphatiques intra-abdominaux sont souvent tuméfiés. On
peut également établir le diagnostic au moyen d’une biopsie de
l’intestin grêle révélant des caractéristiques histologiques
typiques.
Le traitement de l’infection à Mycobacterium avium intracellulare
est ardu : il nécessite que l’on associe de quatre à six
antituberculeux et les résultats sont généralement insatisfaisants
(tableau 1). Étant donné qu’il est presque impossible d’éliminer
cet organisme, l’objectif du traitement est une suppression continue.
Cependant, les médicaments employés ont souvent des effets indésirables
et de nombreux patients ne peuvent tolérer un traitement complet. Chez
bon nombre de patients, les symptômes s’aggravent et il y a
amaigrissement malgré le traitement. Comme il est difficile de traiter
une infection établie, on recommande un traitement prophylactique. Des études
récentes ont montré à cet égard que la prise de rifabutine par voie
orale, à raison de 300 mg par jour, apportait un certain avantage aux
patients ayant un nombre de lymphocytes CD4 inférieur à 100 x 10 6
/mL.
3.3.2 MYCOBACTERIUM TUBERCULOSIS
Les cas de Mycobacterium tuberculosis pulmonaire
sont de plus en plus fréquents chez les personnes infectées par le VIH,
et tout particulièrement répandus chez les utilisateurs de drogues
injectables. La fréquence de la tuberculose résistante à l’action de
plusieurs médicaments augmente à un rythme alarmant. Lorsque la
tuberculose extra-pulmonaire atteint le tractus gastro-intestinal dans les
cas d’infection par le VIH, cela peut résulter directement de lésions
pulmonaires, mettant habituellement l’oesophage en cause, ou encore
d’une propagation généralisée pouvant toucher n’importe quelle
partie de l’appareil digestif, y compris le foie et le pancréas. Il est
rare que seul le tractus gastro-intestinal soit atteint. Le diagnostic
devrait se fonder sur une biopsie et sur une culture des lésions les plus
accessibles. Il est important de faire des cultures et des antibiogrammes
à partir d’isolats de tuberculose, en raison de l’augmentation de la
multirésistance. Le traitement initial devrait comprendre trois ou quatre
antituberculeux, et le choix des médicaments devrait être déterminé en
fonction de la sensibilité locale.
3.4.1 CANDIDA ALBICANS
Candida albicans est l’une des
infections opportunistes les plus courantes chez les personnes infectées
par le VIH. La candidose oro-pharyngée est fréquente et constitue
souvent l’un des premiers signes cliniques d’une déficience
immunitaire. Lorsqu’elle se limite à l’oropharynx, la candidose est
souvent asymptomatique ou associée avec une gêne légère. L’atteinte
oesophagienne est souvent associée avec une dysphagie; cependant, de
nombreux patients peuvent ne ressentir qu’un léger malaise dans la région
épigastrique durant les repas. La candidose oesophagienne peut entraîner
une odynophagie, mais une douleur intense à la déglutition est
inhabituelle et suggère la présence d’autres infections telles que le
cytomégalovirus, le virus Herpes simplex ou une ulcération
oesophagienne non spécifique associée avec le VIH. Les patients atteints
à l’oesophage présentent généralement les signes d’une candidose
oro-pharyngée se manifestant sous forme de plaques blanchâtres sur la
muqueuse buccale et l’oropharynx postérieur. L’oesophage peut parfois
être atteint même en l’absence d’une infection buccale par Candida,
mais cela est plutôt rare.
L’oesophagite à Candida peut être décelée au moyen d’une
déglutition barytée qui révèle des anomalies allant de légers défauts
de remplissage sur la surface muqueuse, lesquels représentent des plaques
muqueuses, jusqu’à un épaississement des replis muqueux et un aspect
chevelu de la paroi. Rarement, il peut également y avoir des ulcérations
graves ou profondes. L’endoscopie, la méthode de prédilection pour établir
le diagnostic, révélera des plaques pseudomembraneuses adhérentes
blanches typiques. Dans les cas graves, toute la muqueuse oesophagienne
peut être recouverte d’une membrane blanche confluente. Le diagnostic
est confirmé au moyen d’une cytologie par brossage ou d’une biopsie
de la muqueuse montrant une invasion des filaments pseudo-mycéliens de Candida
dans l’épithélium pavimenteux. On ne fait pas systématiquement
des cultures, car on trouve couramment ces organismes chez les personnes
en bonne santé, et également parce qu’il faut démontrer l’invasion
tissulaire pour confirmer le diagnostic.
La candidose oro-pharyngée peut être traitée par une thérapie
locale à l’aide de pastilles de clotrimazole prises par voie orale, à
raison de 100 mg de 1 à 3 f.p.j., ou au moyen d’antifongiques à action
générale administrés par voie orale, tels que le kétoconazole, à
raison de 200 mg par jour, le fluconazole, à raison de 100 mg par jour,
ou l’itraconazole, à raison de 200 mg par jour. Si l’oesophage est
atteint, il faut le traiter avec l’un des antifongiques oraux, les
produits topiques étant généralement inefficaces. Il faudra peut-être
prescrire des doses élevées pour le traitement initial des patients qui
présentent des symptômes (tableau 1). Le traitement initial devrait
durer environ 14 jours. Les récidives étant fréquentes, de nombreux
patients doivent suivre un traitement continu par un antifongique oral.
Cependant, la résistance aux antifongiques oraux est de plus en plus
courante. Si le traitement par ce type de médicaments échoue, on peut
recourir à de faibles doses d’amphotéricine B par voie intraveineuse.
La candidose oro-pharyngée est tellement fréquente chez les personnes
infectées par le VIH que de nombreux spécialistes recommandent un
traitement empirique en présence de symptômes oesophagiens, et plus
particulièrement d’une candidose buccale. On peut approfondir
l’examen au moyen d’une endoscopie lorsque le traitement antifongique
empirique n’entraîne aucune réponse ou chez les personnes ayant des
symptômes atypiques. L’infection à Candida peut devenir généralisée
chez les personnes infectées par le VIH, mais c’est plutôt rare, car
elle se limite généralement à la région cutanéo-muqueuse. Le
pronostic de l’infection généralisée est mauvais et cette dernière
est souvent mortelle.
3.4.2 AUTRES MYCOSES
D’autres mycoses sont associées avec
l’infection par le VIH, entre autres la cryptococcose, l’histoplasmose
et la coccidiose. On peut établir un diagnostic de sida lorsqu’une de
ces mycoses est généralisée, et que l’épreuve de dépistage des
anticorps anti-VIH se révèle positive. La fréquence de ces infections
est variable et celles-ci frappent souvent les personnes qui ont visité
des régions où le virus est endémique, ou qui y ont vécu. Sur le plan
clinique, ces infections se caractérisent habituellement par des symptômes
généraux importants tels qu’une fièvre, des sueurs nocturnes et une
perte de poids. La cryptococcose est souvent associée avec une atteinte
du système nerveux. Pour ce qui est de l’histoplasmose, le foie est
souvent atteint dans le cadre d’une infection généralisée et on note
des anomalies des paramètres chimiques hépatiques. Le diagnostic de ces
infections dépend généralement de la capacité à déceler les
champignons au cours de l’examen ou de la culture de spécimens
cliniques. Les épreuves sérologiques ne sont pas fiables chez les
personnes immunodéficientes. Le traitement habituel comporte des doses
importantes d’amphotéricine B par voie intraveineuse. La réaction au
traitement est généralement faible, le taux de récidives est élevé et
le pronostic général est mauvais.
| 3.5 Parasitoses
intestinales |
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335 |
3.5.1 GIARDIASE
Giardia lamblia cause une parasitose
intestinale courante chez les hommes homosexuels ou bisexuels. Sa fréquence
accrue chez les personnes infectées par le VIH n’est probablement pas
liée au VIH lui-même, mais plutôt au fait que l’infection soit répandue
chez les hommes homosexuels, car elle ne semble pas être beaucoup plus fréquente
chez les autres groupes à risque. L’infection est transmise par la voie
fécale-orale et atteint généralement la muqueuse de l’intestin grêle.
Elle peut être asymptomatique, mais elle entraîne habituellement une
diarrhée, des crampes abdominales, un ballonnement et des nausées. Dans
les cas graves, l’infection provoque une malabsorption et une stéatorrhée.
La dissémination est rare et ne semble pas présenter un problème
important chez les personnes infectées par le VIH. Le diagnostic repose
sur la présence d’oeufs et de parasites de Giardia dans les
selles. On peut également diagnostiquer l’infection sur un échantillon
de muqueuse duodénale prélevé par aspiration ou sur un prélèvement
duodénal effectué au cours de l’endoscopie. Généralement, un
traitement par 250 mg de métronidazole administré par voie orale, à
raison de 3 f.p.j., pendant cinq jours, réussit à éliminer
l’organisme, même chez les personnes infectées par le VIH. On
peut également prescrire 100 mg de quinacrine par voie orale, à raison
de 3 f.p.j., pendant cinq jours.
3.5.2 ENTAMOEBA HISTOLYTICA
Entamoeba histolytica est une amibe
causant une amibiase intestinale qui est également de plus en plus
courante chez les personnes infectées par le VIH, en raison de sa fréquence
accrue chez les hommes homosexuels ou bisexuels. Elle entraîne généralement
une colite accompagnée d’une diarrhée sanglante et de crampes
abdominales. L’absence de symptômes est courante chez les personnes
infectées par le VIH. La dissémination est rare et n’est pas plus fréquente
chez les personnes infectées par le VIH que chez les autres personnes
ayant une infection à Entamoeba histolytica. Le diagnostic repose
sur la présence d’amibes sous forme d’oeufs et de parasites dans les
selles. Une sigmoïdoscopie peut révéler une colite. De plus,
l’infection à Entamoeba histolytica entraîne des ulcères à
l’emporte-pièce en forme de flasques. On peut confirmer le diagnostic
en mettant en évidence des organismes dans un prélèvement ou un échantillon
de selles fraîches prélevé par aspiration.
On traite l’infection à Entamoeba histolytica symptomatique
par le métronidazole administré par voie orale, à raison de 750 mg 3
f.p.j., pendant dix jours, suivi d’iodoquinol par voie orale, à raison
de 650 mg 3 f.p.j., pendant vingt jours. On peut utiliser uniquement
l’iodoquinol chez les porteurs asymptomatiques. Il faut effectuer un
suivi du patient en examinant de nouveau ses selles afin de s’assurer
que l’organisme est bien éliminé.
3.5.3 CRYPTOSPORIDIUM
Cryptosporidium est un parasite
protozoaire qui est maintenant reconnu comme une cause de diarrhée
spontanément résolutive chez les personnes immunocompétentes. Plusieurs
flambées épidémiques ont été recensées. Chez les patients immunodéficients,
cet organisme cause une diarrhée aqueuse non sanglante chronique pouvant
être grave et mener à une importante déshydratation ainsi qu’à des
perturbations électrolytiques et à la mort. Les patients peuvent présenter
également des crampes abdominales et un ballonnement, mais ces derniers
ne sont généralement pas graves. La cryptosporidiose est une atteinte révélatrice
du sida chez les patients infectés par le VIH.
Le diagnostic de l’infection à Cryptosporidium s’appuie sur
la mise en évidence d’oocystes de Cryptosporidium dans les
selles, ou des biopsies d’intestin grêle ou de côlon. Toutefois,
l’examen d’échantillons obtenus par biopsie du duodénum ou de la
partie distale du côlon n’est pas entièrement sûr, étant donné que
les lésions intestinales peuvent être dispersées. L’examen des selles
constitue donc la meilleure méthode diagnostique. Des colorations spéciales
mises au point récemment ont augmenté le rendement du diagnostic fait à
partir de l’examen des selles. Les patients immunodéficients reçoivent
habituellement un traitement de soutien consistant dans l’administration
de solutés intraveineux lorsque cela est nécessaire pour corriger une déplétion
volumique, et des agents antidiarrhéiques tels que le lopéramide, à
raison de 2 à 24 mg par jour, pour maîtriser la diarrhée. Dans les cas
graves où la diarrhée ne peut être maîtrisée par un agent antidiarrhéique,
l’octréotide, un analogue de la somatostatine, s’est révélé
efficace à des doses de 50 à 500 µg s.c., 3 f.p.j. Pour l’instant, il
n’existe pas de thérapie spécifique éprouvée pour traiter
l’infection à Cryptosporidium et éradiquer l’organisme. Des
essais cliniques ont été effectués avec la spiramycine et la
paromomycine, mais les résultats ont été décevants.
3.5.4 MICROSPORIDIES
Les microsporidies, groupe de protozoaires
intracellulaires mesurant de 1 à 2 µm, ont été décelés chez des
patients infectés par le VIH. Les organismes de ce groupe les plus
souvent observés sont Enterocytozoon bieneusi et Septata
intestinalis. On pense qu’ils sont pathogènes chez la plupart des
patients, mais on a fait état de porteurs asymptomatiques parmi les
personnes infectées par le VIH. Lorsqu’elle est symptomatique,
l’infection à microsporidies ressemble à une infection à Cryptosporidium.
Elle est habituellement accompagnée d’une diarrhée liquide non
sanglante de gravité variable, de crampes abdominales légères et d’un
ballonnement.
Lorsque ces petits parasites intracellulaires ont été décrits les
premières fois, il fallait, pour poser le diagnostic, visualiser les
organismes par microscopie électronique dans une biopsie d’intestin grêle.
Plus récemment, on a mis au point des colorations spéciales pour déceler
les microsporidies dans les selles. Les pathologistes expérimentés
peuvent habituellement voir les organismes par microscopie à fort
grossissement de coupes fines de plastique de biopsies de la muqueuse. Le
traitement d’une microsporidiose symptomatique est semblable à celui
d’une infection à Cryptosporidium : traitement de soutien et
antidiarrhéiques. L’octréotide s’est également révélé efficace
contre les diarrhées aqueuses graves. On a tenté d’éliminer les
microsporidies à l’aide du métronidazole et de l’albendazole, mais
ni l’un ni l’autre ne se sont avérés systématiquement efficaces.
3.5.5 ISOSPORA BELLI
Isospora belli est un autre parasite
protozoaire intestinal qui a été reconnu comme un agent infectieux en présence
d’une infection à VIH. L’infection par Isospora belli est également
une atteinte révélatrice du sida. Rare en Amérique du Nord, ce
protozoaire a été décelé chez 15 % des patients haïtiens atteints du
sida. Sur le plan clinique, il cause une diarrhée aqueuse non sanglante
et non spécifique qui ressemble à celle que cause Cryptosporidium.
En général, le diagnostic est facilement posé par examen des selles
pour déceler des oeufs et des parasites. Contrairement aux infections à
Cryptosporidium et à microsporidies, l’isoporose peut
habituellement être traitée de manière efficace par le triméthoprime-sulfaméthoxazole,
à raison de 160 mg (TMP)-800 mg (SMX) par voie orale, 4 f.p.j., pendant
dix jours, puis 2 f.p.j., pendant trois semaines. Les récidives sont fréquentes
(environ 50 %) et certains patients peuvent avoir besoin d’un traitement
de longue durée.
3.5.6 STRONGYLOIDES STERCORALIS
Strongyloides stercoralis est un nématode
qui est endémique dans les régions tropicales. Il infecte habituellement
son hôte en pénétrant par la peau sous forme de larves filariformes.
Les larves migrent ensuite par la circulation jusqu’aux poumons où
elles quittent les capillaires alvéolaires pour être expectorées et
avalées. Lorsqu’elles atteignent l’intestin grêle, elles libèrent
des oeufs se développant en larves filariformes infectieuses qui creusent
un sillon dans la muqueuse de l’intestin grêle. Un prurit, un rash
papillaire et un oedème se manifestent parfois au siège de la pénétration
cutanée. L’atteinte intestinale peut se traduire par de la fièvre, des
nausées, des vomissements, de la diarrhée, des douleurs abdominales et
une perte de poids. Le meilleur moyen de poser un diagnostic est
d’examiner un prélèvement de liquide duodénal, mais on peut aussi
recourir à l’examen d’échantillons de selles concentrées. Le
thiabendazole administré pendant deux jours, à raison de 50 mg/kg/jour
en deux doses, est habituellement efficace. Une strongyloïdiose disséminée
peut survenir chez des personnes immunodéficientes et est reconnue comme
l’une des atteintes révélatrices du sida. Ches les patients immunodéficients,
le traitement peut devoir être poursuivi pendant au moins sept jours, et
certains devront recevoir un traitement continu.
3.5.7PNEUMOCYSTIS CARINII
Pneumocystis carinii est reconnu
comme une cause fréquente d’infections pulmonaires. Les infections
extrapulmonaires à Pneumocystis ont été observées particulièrement
chez des patients ayant reçu de la pentamidine en aérosol plutôt
qu’un traitement général à titre prophylaxie pour une pneumonie à Pneumocystis
carinii. Des infections ont été rapportées dans le foie, la rate,
l’intestin, la moelle osseuse et la cavité péritonéale (avec
production d’ascite). Le diagnostic est posé en démontrant par
coloration à la méthénamine argent la présence d’organismes typiques
dans des échantillons cliniques. Le traitement est semblable à celui de
la pneumonie à Pneumocystis.
| 3.6 Infections
virales |
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339 |
3.6.1 CYTOMÉGALOVIRUS
L’infection à cytomégalovirus (CMV) est
fréquente, et plus de 50 % des adultes canadiens sont séropositifs pour
le CMV, ce qui signifie qu’ils y ont été exposés. Les hommes
homosexuels et les utilisateurs de drogues intraveineuses sont séropositifs
pour le CMV à plus de 90 %. Chez les patients immunocompétents,
l’infection est latente et ne cause que rarement une maladie clinique.
La réactivation d’une infection latente survient lorsque des patients
infectés par le VIH deviennent immunodéficients et est habituellement
observée lorsque la numération des lymphocytes CD4 est inférieure à 50
x 106 /mL. L’infection à CMV devient un problème clinique
de plus en plus important chez les patients infectés par le VIH.
Les deux sièges d’infection à CMV les plus fréquents chez les
patients infectés par le VIH sont la rétine et le tractus
gastro-intestinal. L’infection peut toucher toutes les parties du tube
digestif où elle produit des lésions ulcérées, l’oesophage et le côlon
étant les plus fréquemment touchés. L’atteinte oesophagienne se
manifeste habituellement par une odynophagie et par une dysphagie.
L’endoscopie révèle une ulcération étendue peu profonde qui peut être
circonférentielle. L’atteinte du côlon se traduit par une colite aiguë
accompagnée d’une diarrhée qui peut être sanglante et, souvent, de
douleurs abdominales intenses. La sigmoïdoscopie ou la colonoscopie révèlent
une colite caractérisée par une muqueuse oedémateuse friable et par des
ulcérations dispersées, un tableau qui ressemble à la maladie de Crohn.
Les atteintes de l’intestin grêle, de l’estomac et du foie sont moins
fréquentes. Comme le CMV est observé fréquemment chez les patients
infectés par le VIH, une culture du virus à partir de fragments de
muqueuse obtenus par biopsie n’est pas suffisant pour établir un
diagnostic d’infection à CMV. Le diagnostic s’appuie sur la mise en
évidence de corps d’inclusion intracellulaires dans les prélèvements
obtenus par biopsie. La présence d’une vasculite accompagnée
d’inclusions virales dans les cellules endothéliales est une preuve
supplémentaire que le CMV est responsable de la lésion. Une infection générale
peut être confirmée par culture du virus à partir des globules blancs
de la couche leucocytaire d’un échantillon de sang centrifugé.
Une infection symptomatique à CMV est traitée au départ par du
ganciclovir à raison de 5 mg/kg i.v. aux 12 heures, pendant une période
de 14 à 21 jours. Le foscarnet administré à raison de 60 mg/kg i.v. aux
8 heures, pendant 14 à 21 jours constitue une autre possibilité. Ces
traitements ont habituellement pour résultat une amélioration clinique
et la guérison des lésions muqueuses. Toutefois, le taux de récidives
est élevé et de nombreux spécialistes recommandent d’administrer après
le traitement de courte durée un traitement suppressif continu par le
ganciclovir, à raison de 6 mg/kg i.v. cinq fois par semaine, ou le
foscarnet, à raison de 90 à 120 mg i.v. par jour. Une thérapie semble
être nécessaire la vie durant. Récemment, une préparation de
ganciclovir pour la voie orale a été mise au point et s’est révélée
efficace pour la suppression continue de la rétinite à CMV. Son
efficacité pour la suppression des infections gastro-intestinales à CMV
n’a pas encore été démontrée.
3.6.2 VIRUS HERPES SIMPLEX
Le virus Herpes simplex (HSV)
infecte le plus souvent l’oesophage où il produit de multiples ulcérations
oesophagiennes. Sur le plan clinique, l’oesophagite herpétique est
associée avec des symptômes d’odynophagie et de dysphagie identiques
à ceux de l’oesophagite à CMV. Chez ces patients, il faut recourir à
l’endoscopie pour différencier cette cause des autres causes possibles
d’oesophagite. Les ulcères causés par le virus Herpes simplex sont
habituellement petits et nombreux. Les prélèvements révèlent des
cellules géantes multinucléées et des corps d’inclusion intranucléaires
de type A de Cowdry. La culture virale faite à partir de prélèvements
devrait donner des résultats positifs pour HSV.
L’oesophagite à HSV peut en général être traitée efficacement
par l’acyclovir, à raison de 200 mg par voie orale, 5 f.p.j. Chez les
patients incapables de prendre des médicaments par voie orale à cause
d’une odynophagie, l’acyclovir peut être administré par voie
intraveineuse, à raison de 5 mg/kg aux huit heures. Le traitement initial
devrait se poursuivre pendant une période de 10 à 14 jours. Les récidives
sont fréquentes et de nombreux patients requièrent un traitement continu
à l’acyclovir par voie orale. Le foscarnet a été utilisé comme
solution de rechange chez les patients qui ne peuvent prendre
d’acyclovir ou qui n’y répondent pas.
3.6.3 VIRUS D’IMMUNODÉFICIENCE
HUMAINE (VIH)
Il n’est pas certain que le VIH lui-même
soit la cause d’affections gastro-intestinales. Les ulcérations
oesophagiennes non spécifiques et l’entéropathie à VIH représentent
deux situations où l’on soupçonne un effet pathologique direct du VIH
sur le tractus gastro-intestinal. Les ulcérations oesophagiennes sont le
plus souvent dues au CMV et au HSV, tel qu’il est décrit dans les
sections précédentes. Les ulcérations que l’on croit dues à
l’action directe du VIH se présentent en association avec un syndrome
de séroconversion et sous la forme d’ulcères oesophagiens
idiopathiques non spécifiques qui apparaissent au cours des stades plus
avancés de l’infection à VIH. L’infection à VIH aiguë est
habituellement associée avec une maladie virale non spécifique. Certains
patients souffrant de ce syndrome de séroconversion en viennent à présenter
une odynophagie grave et l’endoscopie met en évidence plusieurs ulcères
oesophagiens superficiels. L’examen de ces ulcères en microscopie électronique
révèle des particules virales compatibles avec des rétrovirus. Généralement,
les ulcérations et l’odynophagie disparaissent spontanément.
Plus tard au cours de l’infection à VIH, les ulcérations
oesophagiennes qui surviennent peuvent être négatives pour les agents
pathogènes habituels. Ces ulcères sont habituellement profonds, présentent
des rebords minés et sont parfois nombreux. Bien qu’on les observe généralement
dans l’oesophage, on en trouve aussi dans la partie postérieure du
pharynx. Les symptômes comprennent une odynophagie grave qui, souvent,
limite l’ingestion. Fait intéressant, ces ulcères répondent
habituellement de façon spectaculaire à un traitement par des corticostéroïdes
administrés par voie orale ou par injection dans les lésions. La cause
de ces lésions est incertaine; toutefois, la réponse frappante aux stéroïdes
et à d’autres modulateurs de la réponse immunitaire, tels que la
thalidomide, laissent entrevoir une origine immunitaire.
Le terme entéropathie à VIH désigne une diarrhée chronique,
souvent accompagnée d’une perte de poids, où l’on ne peut mettre en
évidence aucun agent pathogène identifiable. On ne sait pas si l’entéropathie
est due à un agent pathogène non identifié ou si elle résulte d’un
effet direct du VIH sur l’intestin. Le VIH pourrait agir directement sur
l’intestin, en infectant les entérocytes, ou indirectement, en
provoquant la libération locale de cytokines et d’autres médiateurs de
la réaction inflammatoire qui agiraient ensuite sur la fonction entérocytaire.
Chez certains patients, on observe une amélioration après un traitement
antirétroviral. Autrement, le traitement est uniquement symptomatique.
3.7.1 SARCOME DE KAPOSI
Le sarcome de Kaposi (SK) est la néoplasie
la plus répandue chez les patients infectés par le VIH. Il s’est révélé
plus fréquent chez les hommes homosexuels et bisexuels que dans les
autres groupes à risque d’infection par le VIH, mais son incidence
semble avoir diminué dans ce groupe à risque au cours des dix dernières
années. On a postulé l’existence d’un cofacteur infectieux pour
expliquer l’épidémiologie du SK lié au VIH, mais un tel facteur n’a
pas été identifié avec certitude. Le SK touche surtout la peau et
l’oropharynx; jusqu’à 40 % des patients ayant une atteinte cutanée
ont aussi des manifestations gastro-intestinales. On a rapporté des cas
rares de SK viscéral en l’absence de lésions cutanées.
Dans la plupart des cas, l’atteinte gastro-intestinale du SK est
asymptomatique. Les lésions de la muqueuse peuvent survenir dans tout le
tractus gastro-intestinal et sont en général découvertes fortuitement
à l’endoscopie où elles se présentent comme des macules surélevées,
rouges à violacées. Les grandes lésions peuvent être nodulaires et ulcérées.
Les symptômes résultent habituellement d’une hémorragie, à partir de
l’ulcération ou d’une occlusion causée par une lésion volumineuse.
On a également signalé une diarrhée et une entéropathie exsudative.
Les manifestations exactes dépendront du siège des lésions dans le
tractus gastro-intestinal. Un SK viscéral devrait être soupçonné chez
tous les patients infectés par le VIH qui ont des lésions cutanées et
des symptômes gastro-intestinaux.
Le diagnostic est posé par l’examen histologique de biopsies de la
muqueuse. Une infection récemment décrite, l’angiomatose bacillaire,
présente des caractéristiques histologiques identiques à celles du SK;
on les distingue en démontrant la présence d’organismes par une
coloration à l’argent. Une angiomatose bacillaire gastro-intestinale a
également été décrite récemment. Le SK lié au VIH peut faire
l’objet d’un traitement localisé ou général. Les traitements de prédilection
pour les lésions orales sont la radiothérapie locale ou l’excision par
laser. Les atteintes viscérales symptomatiques requièrent un traitement
général, habituellement une chimiothérapie d’association. On a aussi
rapporté récemment de bonnes réponses à un traitement sous-cutané ou
intralésionnel à l’interféron.
3.7.2 LYMPHOMES
Les lymphomes malins à cellules B représentent
la deuxième néoplasie en importance chez les patients infectés par le
VIH. Ces lymphomes sont habituellement des lymphomes à grandes cellules
de grade élevé de malignité; toutefois, on rencontre aussi des patients
atteints d’un lymphome de Burkitt ou de la maladie de Hodgkin. Après le
système nerveux central, c’est le tractus gastro-intestinal qui est le
plus fréquemment atteint. Les lymphomes qui surviennent au cours d’une
infection à VIH sont fréquemment extraganglionnaires.
Toutes les parties de l’appareil digestif peuvent être touchées,
les manifestations et les symptômes variant selon le siège de
l’atteinte. Les symptômes généraux tels que la fièvre, des sueurs
nocturnes et une perte de poids sont souvent présents. Le diagnostic est
posé par l’examen histologique d’un prélèvement obtenu par
endoscopie, ou encore par biopsie échoguidée ou scanoguidée. Le
traitement requiert une chimiothérapie d’association semblable à celle
qui est utilisée pour d’autres lymphomes de grade élevé de malignité.
La tolérance au traitement est généralement peu élevée, souvent en
raison du faible indice fonctionnel de ces patients à l’apparition
d’un lymphome et de la présence d’autres infections opportunistes.
Une rémission complète est parfois obtenue chez les patients qui peuvent
tolérer la chimiothérapie d’association, mais le pronostic est
habituellement mauvais.
3.7.3 CANCER ANAL
On observe une plus grande fréquence d’épithélioma
du canal anal chez les hommes homosexuels ou bisexuels qui subissent une pénétration
anale au moment des rapports sexuels. L’augmentation du risque est indépendante
de l’infection par le VIH et, comme pour le cancer du col de l’utérus
chez la femme, elle semble liée à des infections antérieures par le
virus du papillome humain. Le cancer colorectal n’est pas plus fréquent
dans ce groupe à risque. Le cancer anal peut se présenter sous la forme
d’une masse avec une fissure ou une fistule. Une douleur locale y est
habituellement associée et il peut y avoir des saignements. Le diagnostic
différentiel comprend des infections comme la syphilis, le
lymphogranulome vénérien et les condylomes acuminés, et des affections
périanales bénignes telles que des fissures de l’anus et des
traumatismes anaux causés par les rapports sexuels ou par des
instruments. Le diagnostic est confirmé au moyen d’une biopsie de lésions
considérées comme très suspectes, particulièrement une lésion qui ne
guérit pas malgré le traitement efficace d’une infection secondaire.
Les modalités thérapeutiques comprennent l’excision, mais dans de
nombreux cas, la radiothérapie associée avec une chimiothérapie ont
procuré la guérison tout en préservant la fonction ano-rectale.
  
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